Entre l’Italie, la Slovénie, la Croatie, le Monténégro et l’Albanie, la mer Adriatique recèle une multitude de petites îles et de criques quasi désertes, accessibles en voiture puis en bateau local. Pour un road trip, ces mers adriatiques “secrètes” sont un terrain de jeu idéal : distances raisonnables, routes côtières spectaculaires, hébergements variés et possibilités de sorties en bateau à la journée. L’objectif de cet article est de vous donner des idées d’étapes concrètes et de lieux précis, moins connus que les grands classiques comme Dubrovnik, Hvar ou Kotor.
Mers adriatiques secrètes : comment organiser un autotour pour explorer îles et criques
Un voyage en autotour le long de la mer Adriatique se prépare comme un itinéraire en plusieurs segments, en combinant trajets en voiture, petits ferries locaux et hébergements flexibles (appartements, chambres chez l’habitant, campings). Avant d’entrer dans le détail des îles et criques, il est utile de préciser quelques principes d’organisation.
Choisir un tronçon de côte réaliste
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Nord Adriatique (Slovénie et Croatie du Nord) : idéal pour un premier autotour, avec des distances courtes, des routes de bonne qualité et une ambiance plus calme. Les petites îles du golfe de Kvarner (Cres, Lošinj, Susak…) sont parfaites pour découvrir des criques peu fréquentées.
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Adriatique centrale (Dalmatie croate) : région la plus connue, mais encore pleine de coins discrets si vous évitez les grands hubs touristiques. Certaines îles comme Vis, Lastovo ou Dugi Otok restent relativement préservées, surtout dès que l’on s’éloigne des villages principaux.
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Sud Adriatique (Monténégro et Albanie) : tronçon spectaculaire mais parfois plus chaotique côté circulation. On y trouve des criques sauvages, peu aménagées, parfaites pour ceux qui acceptent un confort plus rustique et des routes parfois étroites.
Prévoir le bon rythme de voyage
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Durée conseillée : 10 à 15 jours pour combiner plusieurs petites îles et zones de criques méconnues, sans passer son temps sur la route.
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Nombre d’étapes : 3 à 5 bases principales, chacune servant de point de départ pour explorer une île ou une portion de côte en profondeur.
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Temps de trajet journalier : idéalement pas plus de 3 heures de route par jour, pour garder du temps de baignade, de randonnée côtière ou de sorties en bateau.
Gérer voiture et ferries dans l’Adriatique
La plupart des petites îles de la mer Adriatique sont accessibles en ferry, mais certaines ne permettent pas le transport de voiture ou l’intérêt du lieu est justement d’y aller à la journée sans véhicule.
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Ferries avec voiture : les grandes îles (Cres, Lošinj, Dugi Otok, Vis, Korčula, etc.) sont desservies par des ferries capables de transporter des voitures. Il faut réserver à l’avance en haute saison et arriver tôt au port.
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Navettes passagers uniquement : de nombreuses petites îles ou criques isolées sont accessibles via des bateaux-taxis ou des lignes locales. Dans ce cas, laissez la voiture sur le continent ou sur l’île principale et partez avec un sac pour la journée.
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Coût à anticiper : additionnez le prix du billet passager, du véhicule et d’éventuelles traversées supplémentaires si vous enchaînez plusieurs îles. Sur un autotour de 10 jours, les ferries peuvent représenter un poste de dépense significatif.
Pour avoir une vue d’ensemble des options, des régions et du contexte, vous trouverez des informations complémentaires dans notre dossier complet sur la mer Adriatique et ses itinéraires en autotour.
Îles confidentielles et criques méconnues en Adriatique nord
La partie nord de l’Adriatique, entre l’Istrie et le golfe de Kvarner, propose un bon compromis entre accessibilité et sentiment de déconnexion. On y trouve des “mers adriatiques secrètes” au sens où les flux de touristes se concentrent sur quelques villes côtières, laissant de larges portions de littoral calmes, même en été (hors août).
L’île de Cres : longues criques sauvages et villages tranquilles
Cres est une grande île relativement peu construite. Sa côte est découpée de criques, plateaux rocheux et petites plages de galets accessibles par des pistes ou des sentiers.
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Lubenice et sa plage cachée : le village perché de Lubenice donne accès, via un sentier raide (env. 45 minutes de descente, 1 h de remontée), à une crique turquoise au pied d’une falaise. Il n’y a pas d’installations : prévoyez eau, chapeau et bonnes chaussures. L’accès routier jusqu’au village reste praticable avec une voiture classique, mais les places de stationnement sont limitées.
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Criques autour de Valun : Valun est un petit village de pêcheurs avec quelques hébergements et restaurants. De part et d’autre, des sentiers à travers la pinède mènent à des calanques tranquilles. L’itinéraire en voiture se fait par une route sinueuse mais en bon état, avec quelques points de vue intéressants.
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Organisation en autotour : installer votre base à Cres-ville ou Valun permet d’alterner baignades dans des criques relativement isolées et excursions dans l’intérieur de l’île. Comptez 2 à 3 nuits sur place pour en profiter sans se presser.
L’archipel de Lošinj et Susak : ambiance insulaire douce et petits ports
Lošinj est reliée à Cres par un pont, et forme un ensemble d’îles intéressant pour un road trip orienté vers les petites criques.
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Lošinj : la partie sud de l’île, autour de Mali Lošinj, possède de multiples anses accessibles à pied depuis la route côtière. Certaines sont aménagées, d’autres restent totalement naturelles. En voiture, prévoyez du temps pour vous garer, les parkings proches des criques sont rapidement pleins en été.
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Susak : petite île de sable sans voitures, accessible en bateau depuis Mali Lošinj. Idéale en excursion à la journée depuis votre hébergement sur Lošinj. Les plages de sable sont rares en Adriatique, ce qui rend Susak intéressante pour varier des galets habituels.
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Durée de séjour : 2 nuits sur Lošinj permettent d’organiser une journée entière sur Susak plus une journée de repérage de criques autour de Mali Lošinj et Veli Lošinj.
Dugi Otok : l’île allongée aux baies isolées
Plus au sud mais encore en Adriatique nord, Dugi Otok (littéralement “longue île”) est une base très efficace pour un autotour axé sur les criques méconnues.
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Baie de Telašćica : parc naturel situé au sud-est de l’île, accessible en voiture (entrées payantes, à anticiper dans votre budget). La baie abrite des lagunes, des falaises et plusieurs criques abritées, souvent plus calmes que les plages principales du pays. Des sentiers balisés permettent de varier les points de baignade.
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Sakarun : plage la plus connue de l’île, mais en marchant quelques centaines de mètres de part et d’autre, on trouve des zones bien moins fréquentées, surtout en début ou fin de journée. Le stationnement est assez organisé, mais peut être payant en haute saison.
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Logistique voiture + ferry : Dugi Otok est accessible avec la voiture depuis Zadar (traversée d’environ 1 h 30). L’option pratique consiste à poser votre base à Sali ou Božava et rayonner en voiture chaque jour, en gardant un œil sur l’autonomie en carburant (une seule station principale).
Petites îles et criques secrètes en Adriatique centrale et sud croate
La Dalmatie centrale et du sud concentre l’essentiel du tourisme croate. Pourtant, en évitant les grands ports et en ciblant certaines îles, vous pouvez retrouver des mers adriatiques secrètes loin de la foule, même en haute saison.
Vis : l’île refuge au large de Split
Vis, plus éloignée de la côte que Hvar et Brač, a longtemps servi de base militaire, ce qui a limité son développement touristique. Aujourd’hui, l’île reste relativement préservée.
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Criques de la côte sud : autour de Rukavac, Stiniva, Srebrna ou Milna, plusieurs criques aux eaux transparentes sont accessibles par des chemins parfois raides. Stiniva est la plus connue, mais tôt le matin ou hors juillet-août, l’affluence reste acceptable. D’autres criques proches, moins médiatisées, offrent un cadre plus calme.
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Bateau-taxi vers les îlots voisins : depuis Komiža, des bateaux partent vers Biševo (grotte bleue) et d’autres petites îles. En cherchant un peu, il est possible de négocier avec un bateau-taxi pour être déposé dans une anse moins fréquentée, avec une heure de retour fixée à l’avance.
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Organisation en road trip : compte tenu du temps de traversée depuis Split (environ 2 h 30), il est pertinent de rester au minimum 3 nuits sur Vis. La voiture est utile mais pas indispensable si vous acceptez d’utiliser bus locaux et scooters de location.
Lastovo : l’archipel discret classé parc naturel
Lastovo, plus au sud, est l’une des îles habitées les plus reculées de Croatie. Elle attire moins de monde et constitue une étape intéressante pour un autotour orienté vers les criques sauvages.
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Parc naturel de Lastovo : l’ensemble de l’archipel est protégé, ce qui limite les constructions. De petites baies, accessibles par des routes secondaires ou des pistes courtes, offrent un mélange de rochers, de galets et d’eau claire, sans installations massives.
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Villages éparpillés : Pasadur, Zaklopatica ou Skrivena Luka (port “caché”) sont des bases pertinentes. Chacun dispose de quelques hébergements et de criques à proximité immédiate, accessibles à pied ou après un court trajet en voiture.
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Contraintes logistiques : la desserte en ferry est moins fréquente que pour d’autres îles, surtout hors saison. Il faut caler précisément vos dates de traversée lors de la préparation de l’itinéraire, sous peine de perdre une journée.
Pelješac : péninsule viticole aux anses tranquilles
Entre Split et Dubrovnik, la péninsule de Pelješac est souvent traversée rapidement par les voyageurs pressés d’atteindre Dubrovnik. Pourtant, cette langue de terre recèle plusieurs plages et criques peu connues.
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Viganj et Kučište : côté nord-ouest, face à l’île de Korčula, ces villages sont connus des véliplanchistes mais restent relativement calmes. En s’éloignant des zones de sports nautiques, on trouve des petites criques de galets abritées du vent.
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Baies au sud de Trpanj : des routes secondaires, parfois en terre, mènent à des anses isolées. La voiture est indispensable, mais il faut accepter de rouler doucement et de vérifier les conditions météo (certaines pistes deviennent délicates après de fortes pluies).
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Combiner avec Korčula : depuis Orebić, un ferry rapide permet de rejoindre Korčula-ville à la journée. Là encore, il est possible de trouver des plages moins fréquentées en s’éloignant du centre, à pied ou en voiture de location.
Adriatique sud : Monténégro et Albanie, criques sauvages et routes de caractère
Plus au sud, le Monténégro et l’Albanie proposent des portions de littoral encore très peu standardisées, avec un mélange de plages de galets, de falaises et de criques d’accès parfois plus délicat. Un autotour dans cette zone demande une certaine tolérance au chaos routier, mais les récompenses sont à la hauteur.
Monténégro : entre Bouches de Kotor et côte ouverte
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Bouches de Kotor : zones calmes hors des villages principaux : la baie de Kotor attire beaucoup de monde, mais certaines portions de rive restent plus discrètes, notamment vers Morinj ou Stoliv. De petits appontements et des escaliers en pierre permettent de se baigner dans des zones peu fréquentées, à condition de marcher un peu le long de la route.
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Littoral entre Bar et Ulcinj : au-delà des grandes plages connues, plusieurs criques rocheuses sont accessibles via des chemins secondaires. La signalisation est irrégulière : il est utile de repérer les points d’accès en amont grâce à des cartes détaillées ou une application hors ligne.
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Logistique de circulation : la côte monténégrine peut être saturée en haute saison. En autotour, privilégiez les départs tôt le matin pour les trajets principaux, et gardez les criques locales pour le cœur de journée afin d’éviter les embouteillages sur les axes majeurs.
Albanie : riviera encore en développement
La Riviera albanaise, entre Vlora et Saranda, est parfois décrite comme l’un des derniers tronçons véritablement “sauvages” de la mer Adriatique, même si la construction immobilière progresse vite. On y trouve encore de nombreuses criques peu aménagées.
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Route de Llogara à Saranda : cette route de montagne longe la mer à une altitude parfois élevée et dessert, via des épingles et des pistes, plusieurs plages isolées. En autotour, prévoyez des étapes courtes pour pouvoir vous arrêter régulièrement sans pression de temps.
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Criques autour de Himara : depuis la base de Himara, il est possible de rayonner vers des anses discrètes, en voiture puis à pied. Certaines plages sont accessibles uniquement après un court tronçon de piste ou un sentier raide, ce qui limite l’affluence.
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Conditions routières : le revêtement est globalement correct, mais les bas-côtés, la signalisation et le stationnement improvisé peuvent créer des situations inattendues. Gardez une marge horaire et évitez la conduite de nuit sur les petites routes.
Conseils pratiques pour profiter des criques et petites îles en autotour
Explorer des mers adriatiques secrètes, des criques méconnues et des petites îles implique un minimum de préparation pratique pour ne pas transformer la recherche de tranquillité en source de stress.
Période de l’année : arbitrer entre météo et affluence
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Mai–juin et septembre–début octobre : compromis optimal pour un autotour. L’eau est généralement suffisamment chaude, les routes moins saturées, les hébergements plus accessibles et l’ambiance plus détendue dans les petits ports.
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Juillet–août : possible, mais à condition de cibler encore plus soigneusement les îles et criques moins connues, et de réserver ferries et hébergements très en avance. Préparez-vous aussi à des températures élevées, qui rendent les marches d’accès aux criques plus fatigantes.
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Hors saison (novembre–avril) : la plupart des services touristiques réduisent fortement leur activité. Intéressant si votre objectif principal est la randonnée côtière plutôt que la baignade, mais il faudra vérifier l’ouverture des liaisons ferry et des hébergements.
Équipement à prévoir spécifiquement pour les criques isolées
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Chaussures d’eau ou sandales fermées : la majorité des plages et criques sont en galets ou sur rocher. Ces chaussures améliorent le confort de baignade et limitent les risques de coupures.
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Protection solaire renforcée : de nombreuses criques n’ont pas d’ombre naturelle. Prévoir chapeau, t-shirt anti-UV, crème solaire en quantité suffisante et éventuellement un petit parasol pliable si vous disposez de place dans la voiture.
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Réserve d’eau et encas : sur les criques méconnues, il n’y a souvent ni bar ni restaurant. Emportez au minimum 1,5 à 2 litres d’eau par personne pour une demi-journée, plus des fruits secs ou snacks salés.
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Petite trousse de premiers secours : désinfectant, pansements, pince à échardes et traitement basique des coups de soleil et piqûres. Utile lorsque l’on s’aventure sur des sentiers rocailleux loin des centres urbains.
Gestion du stationnement et des accès
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Stationnement officiel vs improvisé : privilégiez autant que possible les parkings dédiés, même payants. Se garer sur le bas-côté dans une zone non prévue peut entraîner des amendes ou des situations dangereuses, surtout sur les routes étroites de montagne.
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Temps de marche d’approche : certaines des plus belles criques nécessitent de 15 à 45 minutes de marche, parfois en forte pente. Intégrez ce temps dans votre planning quotidien, surtout si vous enchaînez plusieurs arrêts.
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Repérage en amont : utilisez une carte détaillée ou une application GPS permettant d’afficher les chemins piétons. Beaucoup d’accès ne sont pas clairement signalés sur place et reposent sur des sentiers utilisés par les locaux.
Sécurité, environnement et respect des lieux
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Mer généralement calme, mais prudence nécessaire : l’Adriatique est moins agitée que d’autres mers, mais le vent, les bateaux de passage et les zones de courant près des caps imposent de rester vigilants, surtout si vous vous éloignez du rivage en nageant.
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Faible présence de sauveteurs : sur les criques méconnues, il n’y a généralement aucun dispositif de surveillance. Évitez de vous baigner seul et surveillez particulièrement les enfants.
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Gestion des déchets : sur les sites isolés, il n’y a pas ou peu de poubelles. Prévoyez un sac pour redescendre vos déchets jusqu’au parking ou au village. La propreté des criques adriatiques dépend en grande partie du comportement des visiteurs.
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Respect des propriétés privées : certains accès passent à proximité de terrains privés ou d’exploitations agricoles. Restez sur les sentiers visibles, refermez les barrières si vous en franchissez et évitez de traverser les jardins.
En combinant ces repères pratiques, quelques ferries bien choisis et un itinéraire flexible, il devient possible de construire un autotour structuré autour de mers adriatiques secrètes, de petites îles et de criques discrètes. L’intérêt de ce type de voyage réside moins dans l’accumulation de sites célèbres que dans la capacité à consacrer du temps à chaque portion de côte, à explorer les chemins secondaires et à laisser une place à l’improvisation une fois sur place.
