Préparer un voyage autotour en Islande ressemble parfois à l’écriture d’un scénario de film : il faut poser le décor, rythmer les étapes, anticiper les rebondissements… et surtout éviter les faux pas qui ruinent l’histoire. Après plusieurs road trips sur place et des dizaines d’itinéraires préparés pour mes proches, j’ai identifié 7 erreurs de “scénario” qui reviennent systématiquement et qui peuvent transformer un voyage de rêve en enchaînement de frustrations.
Ce guide détaille ces erreurs, explique pourquoi elles posent problème sur le terrain, et surtout comment les éviter concrètement lors de la préparation de votre prochain autotour islandais.
Erreur n°1 : Faire un tour de l’Islande en 7 à 10 jours à tout prix
Sur le papier, la Route 1 (le “Ring Road”) fait environ 1 300 km. Beaucoup de voyageurs se disent donc qu’un tour complet en 7 à 10 jours est jouable. Techniquement, c’est vrai. En pratique, c’est la meilleure manière de transformer votre road trip en marathon de conduite.
Pourquoi c’est une erreur de scénario
- Les temps de trajet sont souvent sous-estimés : météo, routes parfois limitées, travaux, arrêts photo fréquents.
- Vous passez vos journées dans la voiture au lieu de profiter des sites.
- La fatigue augmente les risques d’erreurs de conduite, surtout sur routes secondaires et pistes gravillonnées.
- Vous subissez le programme au lieu de pouvoir adapter vos journées à la météo, très changeante en Islande.
Résultat : un enchaînement de “on reviendra” devant des sites majeurs, parce que “ce n’est pas sur la route” ou “on n’a pas le temps de s’arrêter”.
Comment l’éviter
- En 7 jours : concentrez-vous sur une région (Sud + Cercle d’Or, ou Ouest + Snaefellsnes). Oubliez le tour complet de l’île.
- En 10 jours : un tour de l’île est envisageable, mais seulement si vous limitez les détours et acceptez un rythme soutenu. Sinon, privilégiez 2 grandes régions.
- En 14 jours ou plus : là, un tour complet accompagné de quelques détours (fjords de l’Est, péninsule de Snaefellsnes, voire un bout des Hautes Terres) devient cohérent.
Pour bâtir un scénario de voyage réaliste, comptez en moyenne entre 150 et 250 km par jour, avec des journées plus courtes lorsque vous prévoyez randonnées, visites de sites thermaux ou activités organisées (balade en bateau, excursion sur glacier, etc.). Au-delà, c’est faisable, mais vous devrez rogner sur le temps passé sur place.
Erreur n°2 : Mal choisir la saison de son autotour
Beaucoup de voyageurs se focalisent sur les aurores boréales ou, à l’inverse, sur le soleil de minuit, sans mesurer les implications concrètes sur un road trip. Or en Islande, la saison n’influence pas seulement la lumière, mais aussi l’accessibilité des routes, les prix, l’affluence et même le type d’hébergements disponibles.
Les pièges classiques
- Partir en hiver sans expérience de conduite sur neige et prévoir de longs trajets sur des routes souvent verglacées ou fermées.
- Voyager en plein été en pensant être “tranquille” alors que c’est la haute saison, avec des hébergements complets des mois à l’avance.
- Viser les aurores boréales au printemps avancé sans se rendre compte que la nuit est déjà trop courte ou trop claire pour en profiter réellement.
Ce que ça change concrètement
- Hiver (novembre à mars) :
- Journées très courtes, surtout en décembre-janvier.
- Certaines routes secondaires sont fermées, les Hautes Terres sont inaccessibles.
- Conditions météo changeantes : vent violent, tempêtes de neige.
- En contrepartie, bonne période pour les aurores boréales.
- Printemps et automne (avril-mai, septembre-octobre) :
- Compromis intéressant entre durée du jour, affluence modérée et prix slightly plus bas qu’en été.
- Météo encore instable, mais routes plus accessibles qu’en plein hiver.
- Possibilité d’aurores boréales en début de printemps et à l’automne, selon la clarté du ciel.
- Été (juin à août) :
- Routes largement dégagées (sauf intempéries ponctuelles).
- Soleil de minuit, très longues journées, idéal pour enchaîner visites et randos.
- Affluence maximale, tarifs élevés, réservations à anticiper sérieusement.
Comment choisir sa période en fonction de son scénario
- Objectif aurores + road trip raisonnable : privilégiez fin septembre – début novembre ou février – mars.
- Objectif randonnées + diversité de paysages : misez sur juin ou début septembre.
- Première découverte en famille : l’été reste le plus confortable (météo, luminosité, routes), à condition de réserver très tôt.
Votre scénario de voyage doit intégrer ces contraintes dès le départ, car elles conditionnent à la fois le type de voiture, les activités possibles et le rythme réaliste de votre itinéraire.
Erreur n°3 : Sous-estimer la météo et la sécurité routière
En Islande, la météo n’est pas un simple décor : c’est un acteur principal de votre histoire. Un itinéraire parfait sur le papier peut devenir impraticable si vous ne tenez pas compte des conditions sur place. Beaucoup de voyageurs organisent leurs journées comme si la météo allait rester stable et la route toujours praticable.
Les erreurs fréquentes sur la route
- Planifier une journée avec 5 à 6 arrêts majeurs + 300 km de route.
- Ignorer les alertes météo locales (vent violent, tempêtes, fermetures de route).
- Louer une petite citadine peu adaptée à la saison, en particulier en hiver.
- Prendre des risques sur les routes gravillonnées (vitesse excessive, dépassements imprudents).
Bonnes pratiques pour sécuriser le scénario
- Consulter quotidiennement :
- Les prévisions météo locales (site islandais officiel).
- Les informations sur l’état des routes (site des autorités routières islandaises).
- Prévoir un plan B pour certaines journées :
- Sites proches en cas de météo médiocre.
- Activités d’intérieur (bains, musées, cafés) pour les journées trop ventées ou pluvieuses.
- Adapter la catégorie de véhicule :
- Hiver : 4×4 fortement recommandé, pneus adaptés, assurances adéquates.
- Été : un véhicule standard suffit pour la Route 1, mais 4×4 obligatoire pour les pistes F (Hautes Terres).
- Prévoir plus de marge horaire que nécessaire, surtout l’hiver où la nuit tombe vite.
Un bon scénario de road trip en Islande ne se contente pas de tracer un trait sur une carte : il intègre une part de flexibilité et tient compte du fait qu’une journée peut basculer rapidement d’un ciel bleu à un grain de neige.
Erreur n°4 : Enchaîner trop de sites “instagrammables” sans logique géographique
Avec les réseaux sociaux, l’Islande est devenue une succession d’images iconiques : Kirkjufell, Skógafoss, Diamond Beach, Blue Lagoon, etc. L’erreur consiste à construire un itinéraire uniquement autour de ces “spots” sans regarder la carte de près ni réfléchir à la cohérence des trajets.
Pourquoi ce scénario ne fonctionne pas
- Vous multipliez les allers-retours, parfois de plusieurs heures, pour “cocher” un lieu moderne et photogénique.
- Vous passez à côté de sites moins connus mais tout aussi intéressants, situés sur votre route.
- Votre journée se transforme en course contre la montre pour être “au bon endroit au bon moment” pour la photo.
Méthode pragmatique pour structurer les étapes
- Étape 1 : tracer d’abord l’ossature du voyage
- Choisir votre région principale (Sud, Nord, Ouest, Est, Snaefellsnes, Hautes Terres).
- Définir le nombre de nuits par zone, en fonction de la durée totale.
- Étape 2 : lister les incontournables de chaque zone
- En vous aidant de cartes et de guides fiables plutôt que de photos isolées.
- En intégrant à la fois des “grands classiques” et quelques alternatives moins fréquentées.
- Étape 3 : optimiser la logique géographique
- Regrouper les visites par secteur.
- Limiter les détours non essentiels de plus de 1h aller-retour.
- Éviter de repasser plusieurs fois par la même route inutilement.
Un bon itinéraire d’autotour en Islande n’est pas une liste de lieux à voir, mais une succession cohérente d’étapes qui s’enchaînent sans rupture de rythme ni kilomètres superflus. Pour vous aider à visualiser ces logiques d’enchaînement, vous pouvez par exemple vous appuyer sur un dossier complet dédié aux circuits en autotour qui propose des itinéraires déjà structurés et testés sur le terrain.
Erreur n°5 : Sous-estimer la logistique des hébergements
En Islande, l’hébergement n’est pas juste un détail à caler après l’itinéraire : c’est un paramètre clé de votre scénario de voyage. Selon la saison et la région, vous pouvez vous retrouver sans options raisonnables si vous vous y prenez trop tard, ou au contraire éclater inutilement le budget en multipliant les changements de logement.
Les problèmes les plus courants
- Réserver tout à la dernière minute en haute saison :
- Hébergements abordables déjà complets.
- Obligation de dormir loin de votre zone cible pour la journée suivante.
- Changer d’hébergement tous les soirs :
- Temps perdu à faire et défaire les bagages.
- Fatigue accumulée, surtout pour les longs voyages.
- Ne pas tenir compte des temps de trajet entre hébergement et sites :
- Départs très tôt ou arrivées très tard pour rejoindre les zones de visite.
Stratégies d’hébergement adaptées à un road trip
- Approche “radiale” : plusieurs nuits au même endroit pour rayonner dans une région.
- Exemple : 3 nuits près de Vik pour explorer le Sud (chutes, plages, glaciers, canyons).
- Avantage : moins de bagages à bouger, plus de flexibilité pour adapter les visites à la météo.
- Approche “étapes en chaîne” : une ou deux nuits par spot, pour progresser régulièrement.
- Exemple : Reykjavik → Vik → Höfn → Egilsstaðir → Mývatn → Akureyri → Snaefellsnes.
- Avantage : vous couvrez davantage de distance, idéal pour un tour complet de l’île.
Points pratiques à anticiper
- Réserver tôt en été : plusieurs mois à l’avance pour les zones très demandées (Sud, Snaefellsnes, Mývatn).
- Vérifier les horaires de check-in/check-out pour éviter les contretemps, surtout si vous enchaînez de longues journées de route.
- Privilégier les hébergements avec cuisine partagée si vous avez un budget serré : la restauration en Islande est coûteuse.
- Confirmer les conditions d’annulation : la météo pouvant forcer des changements de programme, une certaine flexibilité est précieuse.
Intégrer la logistique des hébergements dès la conception du scénario permet d’éviter les “trous” dans votre itinéraire et les surcoûts de dernière minute.
Erreur n°6 : Ne pas budgétiser sérieusement son road trip
L’Islande est réputée chère, mais beaucoup de voyageurs continuent de sous-estimer les coûts réels d’un autotour : carburant, repas, activités, parkings, bains thermaux, assurances, etc. Un budget mal calibré peut conduire à revoir le programme sur place et à renoncer à certaines expériences pourtant centrales dans votre scénario.
Les postes de dépense souvent oubliés
- Le carburant : prix au litre élevé, distances importantes, surtout si vous multipliez les détours.
- Les activités payantes :
- Sorties baleines, excursions sur glacier, grottes de glace, visites guidées…
- Ces activités pèsent vite dans le budget si vous en prévoyez plusieurs.
- Les bains thermaux “premium” (Blue Lagoon, Sky Lagoon, bains de Mývatn, etc.) :
- Les repas :
- Restaurant = addition salée, surtout sur plusieurs jours.
- Même les snack-bars et stations-service ne sont pas “bon marché”.
- Les assurances et options de location :
- Assurance gravier, sable et cendres, pneus, etc.
- Ces options peuvent coûter cher, mais sont souvent judicieuses selon l’itinéraire.
Construire un budget réaliste dès l’écriture du scénario
- Établir une estimation journalière par personne :
- Hébergement.
- Carburant (en fonction du kilométrage prévu).
- Repas (courses + quelques restos).
- Activités payantes identifiées à l’avance.
- Hiérarchiser les “must-do” :
- Quelles sont les expériences prioritaires que vous ne voulez absolument pas sacrifier ?
- Quelles activités sont “plus” mais pas indispensables ?
- Prévoir une enveloppe de sécurité pour les imprévus :
- Changement de plan météo.
- Hébergement plus cher que prévu.
- Petites réparations ou frais liés au véhicule.
Un bon scénario de road trip doit être aligné avec vos moyens. Mieux vaut un itinéraire légèrement raccourci mais réaliste, avec quelques belles activités bien choisies, qu’un programme ambitieux que vous devrez amputer sur place.
Erreur n°7 : Ne pas prévoir de “temps morts” dans le scénario
Dernière erreur, très fréquente : remplir chaque journée au maximum, comme si le but du voyage était d’enchaîner le plus de sites possible. En Islande, cette approche est contre-productive. Elle ne laisse aucune place aux imprévus, ni aux détours spontanés, ni même simplement au plaisir de profiter d’un paysage sans regarder sa montre.
Pourquoi les temps de pause sont essentiels
- La fatigue de la conduite : routes parfois monotones, météo exigeante, vent latéral, conditions changeantes.
- La surcharge d’informations visuelles : chutes d’eau, volcans, glaciers, montagnes, côtes découpées… le cerveau finit par se saturer.
- La météo : vous aurez vraisemblablement au moins une journée “compromise” par la pluie, le vent ou une tempête.
Comment intégrer intelligemment des respirations
- Prévoir des journées plus légères toutes les 3 ou 4 journées :
- Moins de kilomètres.
- Un seul “gros” site ou une activité principale.
- Temps pour un bain chaud, une balade tranquille, un moment en ville.
- Regrouper certaines visites sur une même zone géographique, puis garder une demi-journée libre pour revenir sur un endroit qui vous a plu.
- Ne pas verrouiller chaque heure du programme :
- Laisser de la marge pour un point de vue inattendu, une plage déserte, une source chaude improvisée (lorsque c’est permis).
Ce sont souvent ces “temps morts” qui créent les meilleurs souvenirs de voyage : un arrêt improvisé dans une piscine municipale, un coucher de soleil imprévu, une marche sans but précis le long d’une plage de sable noir.
Structurer un itinéraire type en évitant ces 7 erreurs
Pour illustrer concrètement comment éviter ces pièges, voici un exemple de trame d’itinéraire sur 10 jours focalisé sur le Sud et l’Ouest de l’Islande, pensé pour un premier voyage, sans chercher à faire le tour complet de l’île :
Jour 1 : Arrivée et prise en main du véhicule
- Arrivée à Keflavik, récupération de la voiture.
- Nuit à Reykjavik ou près de l’aéroport selon l’heure d’arrivée.
- Programme léger : balade en ville, courses alimentaires pour les premiers jours.
Jour 2 : Cercle d’Or
- Pingvellir, Geysir, Gullfoss.
- Possibilité d’ajouter un bain chaud (Secret Lagoon ou équivalent).
- Nuit dans la région du Cercle d’Or ou en direction de la côte sud.
Jours 3-4 : Côte sud (Vik et environs)
- Skógafoss, Seljalandsfoss, plages de sable noir, Dyrhólaey.
- Possibilité de randonnée ou d’excursion sur glacier.
- Deux nuits dans le même hébergement pour limiter les bagages.
Jours 5-6 : Jokulsarlon et glaciers de l’Est du Sud
- Route vers Jokulsarlon et Diamond Beach.
- Exploration des environs (randonnées faciles, lagunes glaciaires).
- Nuit près de Höfn ou dans les environs.
Jour 7 : Retour progressif vers l’Ouest
- Remontée vers le Cercle d’Or ou Reykjavik, avec arrêts sur des sites manqués à l’aller.
- Journée plus flexible pour intégrer la météo.
Jours 8-9 : Péninsule de Snaefellsnes
- Découverte de la péninsule : Kirkjufell, falaises, plages, petit port de pêche.
- Une ou deux nuits dans la région pour en profiter sans se presser.
Jour 10 : Retour vers Reykjavik et départ
- Retour tranquille vers Reykjavik ou Keflavik.
- Temps libre en ville ou bain chaud final selon l’heure de votre vol.
Ce type de scénario illustre une progression logique, des changements d’hébergement limités, une marge de manœuvre pour la météo, et une sélection raisonnable de sites, sans chercher à “tout voir”.
En prenant le temps de bâtir votre itinéraire avec cette approche méthodique, en intégrant dès le départ les contraintes de saison, de météo, de budget et de logistique, vous minimisez les risques de frustrations sur place et vous donnez à votre road trip en Islande toutes les chances de se dérouler de manière fluide, agréable et mémorable.
