Choisir un voyage en autotour qui vous correspond vraiment, ce n’est pas seulement une question de destination. C’est surtout une question de rythme, de budget, de centres d’intérêt et de niveau de confort souhaité. Après plusieurs années à organiser et tester des road trips aux quatre coins du monde, j’ai identifié cinq profils de voyageurs qui reviennent systématiquement… et cinq manières très différentes de concevoir un itinéraire en autonomie.
Dans cet article, je vous propose une approche méthodique : vous aider à vous reconnaître dans l’un (ou plusieurs) de ces profils, puis vous suggérer un type d’itinéraire adapté. L’objectif est simple : limiter l’improvisation coûteuse sur place et maximiser le plaisir de route, sans stress inutile.
1. Pourquoi l’autotour n’est pas le même voyage pour tout le monde
Un autotour, ce n’est pas juste “louer une voiture et rouler”. Selon votre façon de voyager, un même pays peut se transformer en :
- un marathon de visites avec réveil à 6h tous les matins,
- un road trip contemplatif avec peu d’étapes, mais des séjours plus longs,
- une aventure hors des sentiers battus en piste non goudronnée,
- ou un circuit très cadré avec tous les hébergements réservés à l’avance.
Avant même de choisir la destination, il est donc utile de clarifier :
- votre tolérance à la fatigue (nombre d’heures de route par jour),
- votre rapport à l’imprévu (réserver tout / laisser des blancs),
- votre budget global (carburant, hébergement, péages, activités),
- votre expérience de conduite à l’étranger (conduite à gauche, routes de montagne, pistes).
Sur le blog, j’aborde ces aspects de manière détaillée dans notre dossier complet dédié aux voyages en autotour, mais ici je vais me concentrer sur cinq profils concrets et sur un exemple d’itinéraire adapté pour chacun.
2. 5 profils de voyageurs… et leur voyage en autotour idéal
Profil 1 : Le “premier road trip” – Itinéraire découverte en douceur
Vous n’avez jamais fait d’autotour ou très peu. Vous cherchez :
- un pays simple à conduire (routes bien entretenues, signalisation claire),
- une logistique facile (hébergements nombreux, langue pas trop problématique),
- des distances raisonnables entre chaque étape (2 à 3 h maximum par jour).
Objectif du voyage : se familiariser avec le format road trip sans pression, tout en découvrant plusieurs régions différentes.
Itinéraire type recommandé : 10 jours en autotour au Portugal (Lisbonne – Alentejo – Algarve)
- Jours 1-3 : Lisbonne et environs
Arrivée à Lisbonne, récupération du véhicule en ville ou à l’aéroport. Visites à pied et en transports publics, voiture laissée au parking. Excursions faciles à Sintra ou Cascais pour se familiariser avec les routes locales. - Jours 4-6 : Côte de l’Alentejo
Route vers la côte (2 à 3 h). Petites étapes entre villages de pêcheurs, plages et parcs naturels. Hôtels ou guesthouses simples, parking facile, circulation modérée hors saison. - Jours 7-10 : Algarve ou retour par l’intérieur
Selon la saison, exploration plus balnéaire (Algarve) ou découverte de l’intérieur des terres (Évora, Monsaraz). Étapes de 150 à 250 km, sans journées “tunnel” sur l’autoroute.
Pourquoi c’est adapté : distances courtes, conduite globalement facile, infrastructures touristiques développées, nombreuses options d’hébergement à tous les budgets, et la possibilité de réduire l’itinéraire si la fatigue se fait sentir.
Profil 2 : Le “boulimique de visites” – Itinéraire intensif, rythme soutenu
Vous aimez optimiser vos journées, multiplier les visites, voir “le maximum” en un minimum de temps. Vous êtes prêt à :
- enchaîner les levers tôt,
- faire 4 à 5 h de route certains jours,
- alterner visites culturelles, paysages et villes.
Objectif du voyage : couvrir une grande variété de sites en un seul itinéraire, quitte à réduire les temps de pause.
Itinéraire type recommandé : 14 jours en autotour dans l’Ouest américain (Californie – Arizona – Utah)
- Jours 1-3 : San Francisco et côte pacifique
Arrivée à San Francisco, visite rapide de la ville (1 à 2 jours). Prise en main du véhicule, descente vers la côte (Monterey, Big Sur) avec 1 ou 2 arrêts photo majeurs. - Jours 4-6 : Yosemite et Death Valley
Longue journée de route pour rejoindre Yosemite, randonnées courtes mais régulières. Puis traversée vers la Death Valley, avec de grandes distances mais paysages spectaculaires. - Jours 7-10 : Parcs de l’Utah et de l’Arizona
Grand Canyon, Page (Antelope Canyon, Horseshoe Bend), Bryce Canyon, Zion. Rythme rapide, mais accès routier direct aux principaux points de vue. - Jours 11-14 : Retour via Las Vegas et Los Angeles
Arrêt urbain à Las Vegas, puis descente vers Los Angeles. Derniers jours consacrés à quelques quartiers clés et à la restitution du véhicule.
Pourquoi c’est adapté : l’Ouest américain est conçu pour le road trip, avec de bonnes routes, de larges parkings et de nombreux services. Le rythme soutenu est compensé par des infrastructures efficaces, ce qui permet d’enchaîner les étapes sans perdre de temps en logistique.
Profil 3 : Le “contemplatifs / slow travel” – Itinéraire court, peu d’étapes
Vous privilégiez la qualité à la quantité. Vous préférez :
- faire moins de kilomètres,
- vous poser plusieurs nuits au même endroit,
- prendre le temps de marcher, discuter, observer.
Objectif du voyage : minimiser les temps de route quotidiens, maximiser l’immersion locale.
Itinéraire type recommandé : 12 jours en autotour en Écosse (Highlands et îles)
- Jours 1-3 : Édimbourg et Stirling
Visite d’Édimbourg sans voiture (ou avec voiture laissée au parking). Courte étape vers Stirling pour découvrir le château et une première ambiance de campagne. - Jours 4-7 : Highlands centrales
Installation pour 3 à 4 nuits dans une base fixe (par exemple Fort William ou Aviemore). Balades journalières, petites routes panoramiques, sorties nature sans changer d’hébergement tous les jours. - Jours 8-10 : Île de Skye
Route vers Skye (2 à 3 h). Là encore, rester 3 nuits au même endroit pour rayonner : randonnées, points de vue, ports de pêche. Le tout avec des déplacements quotidiens limités. - Jours 11-12 : Retour vers Édimbourg ou Glasgow
Route de retour en une ou deux étapes, selon votre niveau de fatigue et vos envies de visites supplémentaires.
Pourquoi c’est adapté : l’Écosse se prête bien à un rythme lent : beaucoup de points d’intérêt sont accessibles en courte distance, et les paysages changent vite. En limitant le nombre de changements d’hébergement, vous réduisez la fatigue logistique et gagnez du temps sur la route.
Profil 4 : L’“aventurier encadré” – Itinéraire hors des sentiers battus, mais structuré
Vous avez envie d’authenticité, de petites routes, de régions moins fréquentées. Mais vous ne voulez pas pour autant tout improviser :
- les hébergements sont réservés à l’avance,
- les étapes sont planifiées,
- vous acceptez des routes plus techniques (montagne, pistes faciles).
Objectif du voyage : sortir des grands axes touristiques tout en gardant un cadre logistique solide.
Itinéraire type recommandé : 15 jours en autotour en Islande, tour complet par la Route 1 + détours
- Jours 1-3 : Reykjavik et Cercle d’Or
Prise en main du véhicule, visite du Cercle d’Or (Thingvellir, Geysir, Gullfoss). Hébergements réservés en guesthouses ou fermes, distances modérées. - Jours 4-8 : Côte sud et fjords de l’Est
Chutes d’eau, glaciers, plages de sable noir, puis piste côtière vers les fjords de l’Est. Certaines routes secondaires peuvent être gravillonnées, nécessitant une conduite prudente. - Jours 9-12 : Nord de l’Islande
Région du lac Mývatn, baleines à Húsavík, villages de pêcheurs. Moins fréquenté que le sud, mais bien structuré en termes d’hébergements. - Jours 13-15 : Péninsule de Snæfellsnes et retour
Paysages variés en “mini-Islande”. Étapes plus libres, mais toujours dans un cadre défini, avec des réservations déjà sécurisées pour chaque nuit.
Pourquoi c’est adapté : l’Islande demande une préparation précise (météo changeante, routes spécifiques, budget élevé). Un autotour structuré permet de profiter de zones plus isolées sans se retrouver sans solution d’hébergement ni en difficulté sur des pistes inadaptées au véhicule.
Profil 5 : Le “flexible total” – Itinéraire modulable, grande marge d’improvisation
Vous aimez décider au jour le jour. Vous êtes prêt à :
- réserver vos hébergements la veille pour le lendemain,
- adapter votre trajet en fonction de la météo ou des rencontres,
- changer de plan si une région ne vous plaît pas.
Objectif du voyage : conserver un maximum de liberté, dans un cadre suffisamment sûr pour ne pas se retrouver bloqué.
Itinéraire type recommandé : 3 à 4 semaines en autotour en Nouvelle-Zélande (Île Nord et Île Sud)
- Jours 1-7 : Auckland – Coromandel – Rotorua – Taupo
Itinéraire flexible avec de nombreuses options de campings, motels et B&B. Possibilité d’allonger ou de raccourcir chaque étape selon la fatigue. - Jours 8-14 : Wellington – Marlborough – Abel Tasman
Traversée en ferry, puis grands espaces avec une offre régulière d’hébergements. Idéal pour décider “au feeling” si l’on reste un jour de plus à tel endroit. - Jours 15-21 : Côte ouest de l’Île Sud – Queenstown – Fiordland
Nombreuses étapes possibles, de la simple halte photo à la randonnée d’une journée. L’itinéraire se module facilement, à condition de surveiller la météo et d’anticiper un minimum en haute saison.
Pourquoi c’est adapté : la Nouvelle-Zélande offre un réseau dense de campings et d’hébergements intermédiaires, ce qui laisse une grande liberté de mouvement. L’essentiel est de garder un fil conducteur (Nord vers Sud ou l’inverse) pour éviter les allers-retours inutiles.
3. Comment identifier votre profil et ajuster votre itinéraire en conséquence
3 questions simples pour vous situer
Avant de réserver quoi que ce soit, je vous recommande de répondre honnêtement à ces trois questions :
- Combien d’heures de route consécutives êtes-vous prêt à supporter ?
Si votre seuil est de 2 h, visez des itinéraires compacts (profil 1 ou 3). Si vous pouvez monter à 4-5 h, vous vous rapprochez du profil 2 ou 4. - Acceptez-vous de ne pas tout réserver à l’avance ?
Si vous avez besoin de tout verrouiller pour être serein, les profils 1, 2 et 4 sont plus adaptés. Si l’incertitude ne vous dérange pas, le profil 5 est envisageable. - Quel est votre rapport à la fatigue en voyage ?
Si vous revenez souvent épuisé de vos vacances, envisagez un rythme plus lent (profil 3), avec moins d’étapes et plus de nuits dans chaque hébergement.
Ajuster un itinéraire tout fait à votre rythme
Les itinéraires proposés dans les catalogues d’agences ou sur les blogs sont souvent pensés pour un “voyageur moyen”… qui n’existe pas. Vous pouvez (et devriez) adapter :
- Le nombre d’étapes
Supprimer une ville intermédiaire pour passer deux nuits de plus dans une région qui vous attire vraiment. - La durée totale du voyage
Mieux vaut un itinéraire réaliste de 10 jours qu’un circuit de 15 jours surchargé. Si vous n’avez que 8 jours, réduisez le périmètre plutôt que de garder le même tracé en accéléré. - Le type d’hébergement
Loger en centre-ville oblige souvent à gérer le stationnement et la circulation dense. Parfois, un hébergement un peu excentré simplifie le quotidien, surtout en famille.
Exemple concret d’adaptation
Un itinéraire standard en Italie peut proposer :
- J1-2 : Rome
- J3-4 : Florence
- J5-6 : Cinque Terre
- J7-8 : Milan / Lac de Côme
Pour un profil “slow travel”, vous pourriez :
- supprimer Milan,
- ajouter une nuit à Florence,
- prévoir une journée sans voiture aux Cinque Terre (arrivée la veille, départ le lendemain).
Le tracé reste le même sur la carte, mais le vécu du voyage est totalement différent.
4. Conseils pratiques pour préparer votre autotour selon votre profil
Gestion des distances et du temps de conduite
Selon votre profil, la règle de planification n’est pas la même :
- Profil 1 (premier road trip) : viser 150 à 250 km par jour, avec au moins 1 jour sur 3 sans long trajet.
- Profil 2 (boulimique de visites) : jusqu’à 350-400 km possibles sur certaines journées, mais en alternant avec des jours plus légers.
- Profil 3 (slow travel) : privilégier des tronçons de 100 à 200 km, avec au moins 2 nuits consécutives dans la plupart des hébergements.
- Profil 4 (aventurier encadré) : adapter selon la difficulté des routes (150 km de piste peuvent être plus fatigants que 400 km d’autoroute).
- Profil 5 (flexible total) : garder 1 jour “tampon” tous les 5-6 jours pour absorber les imprévus ou les coups de cœur.
Budget : dépenses à ne pas sous-estimer
Au-delà du billet d’avion, un autotour implique plusieurs postes à anticiper :
- Location du véhicule : comparer les assurances, les options (deuxième conducteur, GPS, siège enfant), les frais de restitution dans une autre ville.
- Carburant : se renseigner sur le prix moyen au litre dans le pays et multiplier par votre estimation de kilomètres.
- Péages et parkings : poste parfois très significatif (Italie, France, États-Unis sur certains axes).
- Hébergement : en itinérance, les nuits doivent être réservées presque tous les jours, ce qui peut vite augmenter le budget si l’on vise toujours le centre-ville.
- Activités : certaines destinations de type “grands parcs” impliquent des droits d’entrée, des navettes obligatoires, voire des permis spéciaux.
Pour un profil “boulimique de visites”, le budget activités sera naturellement plus élevé. À l’inverse, un voyageur “slow travel” dépensera plus en hébergement (séjours plus longs) mais pourra limiter les activités payantes en profitant davantage de la nature ou de la marche.
Anticiper les contraintes locales
Quel que soit votre profil, quelques vérifications simples évitent les mauvaises surprises sur place :
- Conduite et réglementation : conduite à gauche ou à droite, limitations de vitesse, zones à circulation restreinte (ZTL en Italie, par exemple), règles de stationnement.
- Météo et saisonnalité : certaines routes de montagne ou pistes d’Islande sont fermées une partie de l’année. En haute saison, la flexibilité (profil 5) est plus difficile dans les zones très touristiques.
- Infrastructure médicale et sécurité : plus le profil est “aventurier” (profil 4), plus il est important de savoir où se trouvent les hôpitaux ou centres médicaux.
- Connexion réseau : en zone isolée, ne pas dépendre uniquement du GPS en ligne. Prévoir des cartes hors connexion ou un GPS autonome.
Outils utiles pour chaque profil
En fonction de votre façon de voyager, vous n’allez pas utiliser les mêmes outils de préparation :
- Pour les débutants (profil 1) : outils de cartographie simples (Google Maps, applications de navigation grand public), listes d’hébergements bien notés, blogs avec itinéraires “clé en main”.
- Pour les profils intensifs (profil 2) : tableur de planification (jours, distances, temps de trajet, coût estimé), applications de gestion de budget, outils pour réserver rapidement de multiples hébergements.
- Pour les slow travelers (profil 3) : guides de randonnée, cartes détaillées des régions, ressources locales (offices de tourisme, blogs régionaux) pour identifier les micro-destinations autour d’une base fixe.
- Pour les aventuriers encadrés (profil 4) : sites officiels des parcs nationaux, cartes des routes ouvertes/fermées, informations actualisées sur l’état des pistes, forums spécialisés.
- Pour les flexibles (profil 5) : applications de réservation de dernière minute (hébergements, campings), gestion hors ligne des cartes, sauvegarde de plusieurs itinéraires possibles dans une même région.
En prenant le temps d’identifier votre profil et de choisir un itinéraire cohérent, vous évitez l’un des écueils les plus fréquents en autotour : se retrouver sur la route avec un programme démesuré par rapport à son envie réelle de voyager. Un bon circuit n’est pas forcément le plus ambitieux sur le papier, mais celui qui respecte votre façon de vivre le voyage au quotidien.
