Voyager au Maroc en autotour, c’est enchaîner les étapes, les routes de montagne, les villes impériales et les villages du Sud… mais c’est surtout manger. Beaucoup, souvent, et presque toujours bien. Pour vraiment profiter de cette dimension du voyage, quelques mots de darija (arabe marocain) liés à la cuisine font une vraie différence : on comprend mieux ce qu’on nous sert, on échange avec les locaux, et on évite quelques malentendus à la carte.
Pourquoi le vocabulaire culinaire en darija change votre voyage en autotour
En road trip, on sort vite des circuits touristiques classiques. On s’arrête dans des gargotes de bord de route, des snacks anonymes, des petits restaurants de quartier où la carte n’est pas toujours traduite, voire pas écrite du tout. Dans ces contextes, un minimum de vocabulaire culinaire en darija est utile à trois niveaux :
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Comprendre ce qu’on vous propose : reconnaître un tajine de viande, un plat de poisson ou un sandwich merguez, sans devoir tout faire au hasard.
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Exprimer vos préférences : dire “sans viande”, “pas épicé”, “un peu de sucre seulement”, ou demander du pain en plus.
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Créer un contact humain : une ou deux phrases en darija suffisent souvent à briser la glace, à obtenir un conseil de plat du jour ou une explication sur la spécialité de la maison.
Pour aller plus loin que la seule cuisine et couvrir les transports, l’hébergement ou les situations du quotidien, j’ai regroupé les bases dans un dossier complet sur le vocabulaire marocain utile pendant un autotour, mais ici on va se concentrer sur tout ce qui touche à la table et à la nourriture.
Les bases en darija pour commander au restaurant ou au snack
Dans la majorité des restaurants touristiques des grandes villes (Marrakech, Fès, Casablanca, Agadir), vous pourrez vous débrouiller en français. Mais dès que vous prendrez des routes secondaires, que vous mangerez dans des snacks ou des cantines de quartier, le darija redevient la langue principale.
Les phrases essentielles pour s’en sortir
Voici un socle de phrases simples, prononçables même pour un débutant, et directement utiles en situation :
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Pour dire bonjour et engager le contact
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Salam : bonjour, salut (formule très fréquente, passe partout).
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Labas ? : ça va ? / tout va bien ?
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Hamdu lillah : grâce à Dieu (réponse fréquente à “Labas ?”).
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Pour demander ce qu’il y a à manger
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Ach kayn lyoum ? : Qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ? (plat du jour).
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3tini l-menu, 3afak : Donnez-moi le menu, s’il vous plaît.
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Chno n-mnawel? (moins courant mais possible) : Qu’est-ce que vous conseillez ?
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Pour commander un plat ou une boisson
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Bghit … : Je veux / j’aimerais … (ex. : “Bghit tajine djaj”).
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3tini … : Donnez-moi … (un peu plus direct, mais très utilisé).
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Wahed … : Un … (ex. : “Wahed atay” = un thé).
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Jouj … : Deux … (utile pour commander plusieurs plats).
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Pour gérer les quantités et le service
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Bchwiya : un peu (ex. “bchwiya hrir” = un peu épicé).
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Bzzaaf : beaucoup (ex. “khobz bzzaaf” = beaucoup de pain).
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Bezid chwiya : rajoutez un peu.
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Safii, shoukran : c’est bon, merci (pour dire qu’on ne veut plus rien).
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Pour demander l’addition
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Lhsab, 3afak : l’addition, s’il vous plaît.
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Bch7al ? : c’est combien ? / quel est le prix ?
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Sur la route, vous utiliserez surtout “Ach kayn lyoum ?”, “Bghit …” et “Lhsab, 3afak”. Avec seulement ces trois phrases, plus quelques noms de plats, on traverse facilement un autotour de deux ou trois semaines.
Vocabulaire utile pour décrire ce que vous voulez (ou ne voulez pas)
Lorsqu’on mange comme un local, on se confronte à deux paramètres : le gras et le piquant. S’ajoutent parfois le sucre (pour les boissons et desserts) et les questions d’alimentation spécifique (végétarien, allergies). Quelques mots ciblés vous aideront à ajuster :
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Hrira : épicé / piquant. “Ma bghitch hrir” = je ne veux pas que ce soit épicé.
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Bla hrir : sans piment / pas épicé.
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Helou : sucré.
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Bla skkar : sans sucre.
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Djaj : poulet.
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Lhem : viande rouge (généralement bœuf ou mouton).
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Hout : poisson.
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Khla : vinaigre.
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Zit : huile.
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Bla lhem : sans viande (compréhensible, même si le concept de plat totalement végétarien n’est pas toujours évident dans les petits restos).
Pour des régimes spécifiques plus stricts (végétalien, allergies, etc.), mieux vaut préparer des phrases écrites en français et en arabe standard, que vous montrerez au serveur. En autotour, ça évite de multiplier les explications dans chaque étape.
Les plats marocains les plus fréquents en darija (et comment les reconnaître)
Une grande partie de ce que vous verrez sur les menus en français existe aussi en darija, parfois avec une simple variante de prononciation. En road trip, vous tomberez surtout sur des plats simples, souvent plus authentiques que dans les restaurants à touristes.
Les grands classiques : tajines, couscous, grillades
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Tajine
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Tajine djaj : tajine de poulet.
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Tajine b lhem : tajine de viande rouge (bœuf / mouton suivant les régions).
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Tajine b khodra : tajine de légumes.
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Tajine b zeetoun : tajine aux olives (souvent avec du poulet).
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Tajine b lberkouk : tajine aux pruneaux (sucré-salé, populaire les jours de fête).
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Couscous (seksou)
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Seksou b lhem : couscous à la viande.
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Seksou b djaj : couscous au poulet.
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Seksou b khodra : couscous aux légumes (souvent avec un peu de pois chiches).
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Attention : le couscous est traditionnellement servi le vendredi midi, certains petits restos ne le proposent pas tous les jours.
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Grillades (mechoui, brochettes)
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Meshwi : viande rôtie, généralement mouton.
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Brochettes : souvent noté tel quel, ou “kebab” selon les lieux.
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Merguez : saucisse épicée de viande rouge.
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Kefta : viande hachée assaisonnée, en brochettes ou en boulettes.
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Sur un autotour, il est courant de prendre un tajine ou des brochettes à midi dans un petit village, puis un poisson grillé en soirée sur la côte, le tout à des prix souvent bien inférieurs à ceux des grandes villes.
Soupes, entrées et petits plats pratiques en road trip
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Harira
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Soupe traditionnelle à base de tomates, lentilles, pois chiches, coriandre…
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Très fréquente pendant le Ramadan, mais aussi servie hors saison.
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Un plat idéal le soir quand on a beaucoup roulé : nourrissant, pas trop lourd.
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Bissara
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Purée de fèves chaude, très populaire au petit matin et dans le Nord.
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Se mange avec du pain, parfois avec de l’huile d’olive et du cumin.
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Salades et entrées
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Salada marocaine : salade marocaine (tomates, oignons, herbes, parfois poivrons).
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Zaalouk : purée d’aubergines cuisinée avec tomates et épices.
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Taktouka : salade de poivrons et tomates cuits.
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Khobz : pain (important à retenir : tout se mange avec du khobz).
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Pour un déjeuner rapide entre deux étapes, une harira + khobz ou une bissara + thé à la menthe sont des options simples, bon marché et faciles à trouver dans beaucoup de petites villes.
Street food et snacks de bord de route
Les snacks et échoppes de bord de route sont les alliés naturels d’un autotour. On y trouve de quoi manger rapidement, souvent pour quelques dizaines de dirhams.
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Sandwichs
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Sandwich kefta : sandwich à la viande hachée grillée.
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Sandwich merguez : comme en France, mais souvent plus épicé.
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Sandwich djaj : sandwich au poulet.
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Demandez “bchwiya hrir” si vous voulez limiter le piquant.
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Pastilla, msemmen, harcha
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Pastilla : feuilleté traditionnel, souvent au poulet et aux amandes, sucré-salé.
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Msemmen : crêpe feuilletée, servie nature, avec miel, ou fourrée (fromage, viande…).
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Harcha : galette de semoule, souvent servie au petit déjeuner.
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Boissons
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Atay b n3na : thé à la menthe (souvent très sucré par défaut).
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Nss nss : café “moitié-moitié”, moitié lait moitié café.
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Café noir : le terme français “café” est largement compris.
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3asir l-portokal : jus d’orange.
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Pour maîtriser le sucre dans le thé, pensez à dire “atay bla skkar” (thé sans sucre) ou “atay bchwiya skkar” (un peu de sucre).
Au marché et chez l’habitant : vocabulaire darija pour les produits et les quantités
Un autotour bien conçu alterne restaurants et achats sur les marchés locaux : fruits, olives, pains, fromages, parfois viande ou poissons si vous avez de quoi cuisiner. Même si les vendeurs ont l’habitude des touristes, un peu de darija facilite la négociation et évite les incompréhensions.
Noms de produits de base
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Khobz : pain.
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Lban : lait fermenté (boisson très courante, surtout dans les campagnes).
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L7lib : lait.
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Zit zitoun : huile d’olive.
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Zit : huile (en général).
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Zitoun : olives.
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Jben : fromage (souvent frais, type fromage blanc ou fromage de chèvre).
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Bida : œuf.
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Khodra : légumes.
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Fwakih : fruits.
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Tma : pommes.
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Banan : bananes.
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Bortokal : oranges.
Pour les marchés hebdomadaires dans les petites villes, notez que les prix sont généralement affichés au kilo. Vous pouvez tout à fait acheter de petites quantités, mais mieux vaut savoir l’exprimer.
Quantités, poids et prix
Les échanges type au marché tournent autour de quelques questions et réponses standards :
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Bch7al kilo ? : combien le kilo ?
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3tini nss kilo, 3afak : donnez-moi un demi-kilo, s’il vous plaît.
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3tini chwiya … : donnez-moi un peu de …
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Ghaliya bzzaaf : c’est trop cher.
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Nqes chwiya, 3afak : baissez un peu, s’il vous plaît.
En dehors des zones très touristiques, vous aurez souvent des prix locaux sans avoir besoin de beaucoup négocier. Un ton respectueux, un léger sourire et quelques mots en darija sont en général plus efficaces qu’une négociation agressive.
Manger chez l’habitant : politesses et comportements
Sur un autotour, surtout dans les régions rurales (Moyen Atlas, Sud, oasis), il est fréquent d’être invité à boire un thé ou à partager un repas. Quelques expressions utiles :
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Bismillah : formule prononcée avant de manger (vous pouvez la dire discrètement en commençant le repas).
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B saha : bonne santé / bon appétit (adressé à quelqu’un qui mange ou boit).
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Allah ybarek fik : réponse possible à “B saha”.
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Choukran bzzaaf : merci beaucoup.
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Lmakla bnin bzzaaf : la nourriture est vraiment bonne.
Autre point pratique : on mange souvent avec du pain en guise de couvert, et la main droite est la main privilégiée pour porter la nourriture à la bouche. Rien de dramatique si vous faites autrement, mais observer vos hôtes et vous adapter renforce le bon contact.
Mettre en pratique ce vocabulaire culinaire pendant votre autotour
Connaître quelques mots, c’est une chose ; les utiliser en situation, avec le stress de la route, la fatigue et parfois la barrière culturelle, en est une autre. Avec un peu de méthode, on peut pourtant intégrer progressivement ce vocabulaire dans le déroulé du voyage.
Préparer un mini-lexique papier avant de partir
Avant le départ, prenez dix minutes pour noter sur un petit carnet ou une feuille plastifiée :
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Un bloc “restaurant” : “Ach kayn lyoum ?”, “Bghit tajine djaj”, “Lhsab, 3afak”…
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Un bloc “marché” : “Bch7al kilo ?”, “3tini nss kilo tma”, “3tini khobz”.
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Les principales formules de politesse : “Salam”, “Choukran”, “B saha”.
Pendant les premiers jours d’autotour, vous aurez le réflexe de regarder ce support. Au bout d’une semaine, les phrases prioritaires seront intégrées, même si la prononciation n’est pas parfaite.
Utiliser des applications sans en être dépendant
Plusieurs applications de traduction (Google Trad, Reverso, etc.) proposent l’arabe, mais attention :
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La langue locale est le darija, pas l’arabe standard littéraire, même si les deux se comprennent en partie.
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Les menus des petits restos ne sont pas toujours écrits, ou alors sous forme de tableau mural, difficile à photographier.
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L’usage du téléphone au restaurant est toléré, mais chercher chaque mot peut casser l’échange humain.
Le plus efficace reste une approche hybride : quelques mots appris par cœur + le recours ponctuel à une appli quand une situation précise l’exige (allergie, demande particulière).
Astuces de terrain pour “manger comme un local” sans galérer
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Observer les autres tables
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Quand vous entrez dans un petit resto sans carte, commencez par regarder ce que mangent les clients : tajines, grillades, harira, etc.
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Vous pouvez ensuite simplement dire au serveur en montrant : “Bghit hadchi” (je veux ça).
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Se caler sur le “plat du jour”
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Le fameux “Ach kayn lyoum ?” est votre meilleur allié.
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Le plat proposé sera souvent le plus frais, le plus économique et le plus simple à servir.
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Ne pas hésiter à refuser poliment
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Si le serveur insiste pour un plat qui ne vous convient pas, un “La, choukran” (non, merci) est parfaitement acceptable.
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Complétez éventuellement par “Ma bghitch lhem” (je ne veux pas de viande), ou autre précision utile.
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Repérer les horaires locaux
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Le déjeuner peut être servi tard (14h-15h) dans certains endroits.
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Les snacks et stands de street food sont souvent plus actifs en fin d’après-midi et en soirée.
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En période de Ramadan, l’organisation des repas est totalement différente : anticipez et prévoyez un peu de réserve dans la voiture (eau, fruits, biscuits).
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L’objectif n’est pas de parler couramment, mais d’être autonome pour commander, payer, exprimer quelques préférences et échanger deux ou trois phrases avec vos hôtes. Pour un voyageur en autotour, ce niveau de darija culinaire suffit largement à transformer les repas en véritables moments de rencontre, et non en simples pauses logistiques entre deux tronçons de route.
