Préparer un itinéraire d’autotour en Islande ne se résume pas à aligner des points sur une carte. Entre les pistes isolées des Highlands, les falaises battues par l’Atlantique et les sources chaudes naturelles, le pays offre des possibilités très différentes selon votre profil de voyageur. L’objectif de cet article est de vous aider à construire un itinéraire réaliste, fluide et adapté à vos envies, en vous appuyant sur une méthode simple et des exemples concrets tirés du terrain.
Identifier votre profil de voyageur avant de tracer l’itinéraire
Un même circuit en Islande peut être vécu comme une expérience incroyable par un voyageur, et comme une succession de contraintes par un autre. Avant de parler de routes, de kilomètres et de temps de trajet, il est donc indispensable de clarifier votre façon de voyager.
1. Le profil “découverte tranquille”
Vous aimez voir l’essentiel sans courir, avec des journées structurées autour de quelques sites majeurs et de pauses régulières. Pour ce profil :
- Étapes journalières idéales : 150 à 250 km par jour.
- Durée de voyage recommandée : 7 à 14 jours.
- Type d’hébergement : guesthouses, petites fermes, hôtels simples, idéalement réservés à l’avance.
- Objectif : profiter des paysages, prendre le temps pour les photos, éviter la fatigue au volant.
Ce profil convient bien aux couples, aux familles avec enfants ou aux personnes qui découvrent l’Islande pour la première fois.
2. Le profil “photographe et amateur de nature”
Vous êtes prêt à vous lever tôt ou rester tard dehors pour profiter des meilleures lumières, quitte à répéter certains spots sous différents angles.
- Étapes journalières idéales : 100 à 220 km, avec beaucoup de stops.
- Durée de voyage recommandée : 10 à 15 jours minimum.
- Type d’hébergement : mix entre hôtels, fermes, parfois cabanes isolées pour réduire les temps de trajet vers les spots photo.
- Objectif : multiplier les arrêts courts, revenir plusieurs fois sur certains sites, privilégier les zones peu fréquentées.
Ce profil nécessite un itinéraire moins linéaire et plus modulable, en intégrant des marges dans le planning en cas de mauvaise météo.
3. Le profil “baroudeur actif”
Vous aimez marcher, sortir des sentiers battus et vous n’avez pas peur des longs trajets si la récompense à l’arrivée est à la hauteur.
- Étapes journalières idéales : 200 à 350 km, en alternant grosses journées de route et journées plus calmes.
- Durée recommandée : 10 à 21 jours.
- Type d’hébergement : auberges, refuges, campings, guesthouses simples.
- Objectif : combiner randonnées, pistes secondaires (si véhicule adapté), glaciers, Highlands et zones côtières.
Ce profil suppose une bonne préparation logistique, une gestion rigoureuse de la météo et du carburant, et un véhicule adapté (souvent un 4×4).
4. Le profil “famille et premier voyage en Islande”
Vous devez composer avec les besoins des enfants (rythme, repas, météo) et limiter les aléas. Vos priorités deviennent la sécurité, la prévisibilité et la simplicité.
- Étapes journalières idéales : 100 à 200 km maximum.
- Durée recommandée : 7 à 12 jours.
- Type d’hébergement : logements confortables avec possibilité de cuisiner, réservés à l’avance.
- Objectif : voir les sites emblématiques sans multiplier les changements d’hébergement, éviter les pistes, privilégier la route 1 (Ring Road).
Une fois votre profil défini, la construction de l’itinéraire en Islande devient beaucoup plus simple : certains secteurs deviennent logiques, d’autres peuvent être écartés sans regret.
Choisir le type d’itinéraire autotour adapté à l’Islande
La géographie de l’Islande se prête à quelques grands “types” d’itinéraires. Les connaître permet de gagner du temps et d’éviter les combinaisons irréalistes.
1. Le classique “premier autotour” : Sud et Cercle d’Or
Adapté aux profils “découverte tranquille” et familles, en 5 à 8 jours.
- Zone couverte : Reykjavik, Cercle d’Or, Côte Sud jusqu’à Vik ou Höfn.
- Avantages : routes faciles (sur la route 1 et routes secondaires bien entretenues), paysages variés, grandes cascades, plages de sable noir, glaciers visibles sans long détour.
- Inconvénients : secteurs les plus fréquentés du pays, particulièrement en haute saison.
Ce type d’itinéraire fonctionne très bien si vous disposez de peu de jours mais que vous voulez un maximum de diversité sans trop rouler.
2. Le tour de l’île par la route 1 (Ring Road)
Le grand classique pour un premier ou deuxième voyage, notamment pour les baroudeurs actifs et les photographes ayant au moins 10 à 14 jours devant eux.
- Zone couverte : tour complet de l’Islande via la route 1, avec des détours vers les fjords de l’Est, la péninsule de Snæfellsnes ou le Nord.
- Avantages : vision globale du pays, diversité maximale, possibilité d’ajuster les étapes selon les profils.
- Inconvénients : kilométrage important, peut devenir fatiguant si vous tentez de tout voir en moins de 10 jours.
Pour un tour complet, prévoyez en moyenne 200 à 300 km par jour, en incluant des journées “courtes” pour compenser les journées plus chargées.
3. Les péninsules et régions ciblées
Idéal pour un second voyage ou pour ceux qui préfèrent approfondir une zone plutôt que de tout voir vite.
- Péninsule de Snæfellsnes : condensé d’Islande en version miniature (falaises, plages, volcan, glaciers), idéale sur 3 à 4 jours.
- Nord et fjords de l’Ouest : plus sauvage, moins de monde, très adapté aux photographes et aux voyageurs en quête de tranquillité.
- Highlands (Landmannalaugar, Askja, etc.) : réservé aux voyageurs expérimentés et aux 4×4, avec une bonne marge météo.
Ce type d’itinéraire fonctionne bien si vous êtes déjà venu en Islande, ou si vous acceptez de ne voir qu’une partie du pays pour mieux en profiter.
4. Les autotours thématiques
Vous pouvez aussi construire votre voyage autour d’un thème plutôt qu’autour d’une zone géographique :
- Itinéraire “sources chaudes et thermalisme” : combiner bains naturels, piscines locales et quelques sites emblématiques.
- Itinéraire “chasse aux aurores boréales” : séjour en automne ou en hiver avec nuits dans des hébergements isolés, loin de la pollution lumineuse.
- Itinéraire “randonnée et volcans” : Highlands, Landmannalaugar, treks courts, accès aux zones volcaniques sécurisées.
Dans ces cas, votre profil de voyageur (niveau physique, tolérance à la météo, appétence pour la conduite hivernale) conditionne encore plus fortement la construction du parcours.
Construire pas à pas l’itinéraire d’autotour en Islande
Une fois votre profil et votre type d’itinéraire définis, la construction concrète peut suivre une méthode simple, que j’applique systématiquement sur le terrain.
1. Fixer le cadre : durée, saison, type de véhicule
Avant même de placer des points sur la carte, posez les trois paramètres suivants :
- Durée totale (jours sur place, hors vols) : c’est la contrainte principale. Un tour complet de l’île en moins de 8 jours est au mieux frustrant, au pire épuisant.
- Saison : en hiver, certains secteurs deviennent inaccessibles, et la durée de jour réduit drastiquement vos possibilités de visite.
- Véhicule : un 4×4 ouvre certaines pistes des Highlands, mais ne sert à rien si vous restez sur la route 1.
À partir de ce cadre, vous pouvez déjà éliminer certains projets irréalistes (par exemple, Highlands + tour complet de l’île en 7 jours).
2. Placer les “points forts” incontournables
Listez les 3 à 5 sites que vous considérez comme non négociables (par exemple : Jökulsárlón, Landmannalaugar, Snæfellsnes, Myvatn, etc.). Placez-les sur une carte et observez :
- La distance totale nécessaire pour les relier.
- Les zones intermédiaires où vous pourrez placer des étapes logiques.
- Les segments clairement trop longs pour une seule journée.
Si vous devez enchaîner plus de 350 km par jour sur plusieurs jours d’affilée pour tout caser, votre sélection est probablement trop ambitieuse.
3. Découper en étapes raisonnables
Partant de vos points forts, découpez la route en sections quotidiennes. Pour chaque jour, notez :
- Nombre de kilomètres prévus.
- Temps de conduite estimé (Google Maps + 20 % de marge en Islande).
- Nombre de stops “majeurs” (sites à visiter vraiment) et “mineurs” (points photo rapides).
Une journée équilibrée, pour la plupart des profils, combine :
- 3 à 4 heures de conduite effective.
- 2 à 4 sites majeurs.
- Plusieurs petites pauses panoramiques.
Dès que vous dépassez les 5 à 6 heures de route sur une même journée, il faut vérifier que vous n’êtes pas en train de transformer votre autotour en marathon.
4. Vérifier la cohérence météo et saisonnière
L’Islande impose de vérifier certains points selon la saison :
- En hiver (novembre-mars) : journées plus courtes, conditions de route parfois difficiles, accès limité à certaines régions (Highlands, routes de l’intérieur, quelques fjords).
- En été (juin-août) : journées très longues, circulation plus dense sur les sites populaires, mais plus de liberté pour rouler tôt ou tard.
- En intersaison (avril-mai, septembre-octobre) : compromis intéressant mais météo très variable, certains hébergements ou activités peuvent être fermés.
À ce stade, n’hésitez pas à simplifier l’itinéraire : mieux vaut retirer un secteur éloigné plutôt que de multiplier les journées tendues sous la pluie ou le vent.
5. Ajuster selon les hébergements et le budget
L’Islande est chère et certains secteurs ont une capacité d’hébergement limitée. Votre itinéraire doit donc tenir compte :
- De la disponibilité des hôtels, guesthouses ou campings sur la période voulue.
- Du type de logement compatible avec votre budget (chaque changement d’hébergement a un coût logistique et financier).
- Des distances entre les hébergements et les sites que vous voulez visiter (par exemple, dormir trop loin de Jökulsárlón peut vous faire perdre de précieuses heures de lumière pour les photos).
C’est souvent en recherchant les hébergements que l’on identifie les journées trop chargées ou les détours inutiles.
Exemples d’itinéraires types selon votre profil
1. 7 jours pour un premier autotour “découverte tranquille” (sud de l’Islande)
- Jour 1 : arrivée à Reykjavik, récupération du véhicule, visite rapide de la ville selon l’heure d’arrivée.
- Jour 2 : Cercle d’Or (Thingvellir, Geysir, Gullfoss), nuit dans la région de Selfoss ou Hella.
- Jour 3 : Cascades du Sud (Seljalandsfoss, Skógafoss), plages de sable noir de Reynisfjara, nuit à Vik.
- Jour 4 : Vik – Skaftafell – Jökulsárlón et Diamond Beach, nuit vers Höfn ou retour Skaftafell.
- Jour 5 : région de Skaftafell (courtes randos ou glacier), retour progressif vers l’Ouest, nuit vers Vik ou Hella.
- Jour 6 : journée de marge (source chaude, activité optionnelle, temps libre), retour région Reykjavik.
- Jour 7 : Reykjavik et retour à l’aéroport.
Cet itinéraire reste concentré sur le Sud, mais offre une bonne variété et évite les trop longues journées de route.
2. 12 à 14 jours pour un tour complet de l’Islande (profil actif ou photographe)
- Jour 1 : Reykjavik, préparation, petite visite urbaine.
- Jour 2 : Cercle d’Or, nuit dans le Sud (Hella/Selfoss).
- Jour 3 : Côte Sud jusqu’à Vik, plages et cascades.
- Jour 4 : Vik – Skaftafell – Jökulsárlón, nuit vers Höfn.
- Jour 5 : Fjords de l’Est, nuit vers Egilsstaðir ou Seyðisfjörður.
- Jour 6 : Est – région de Myvatn, sources chaudes, cratères.
- Jour 7 : Myvatn (journée complète), éventuellement détours vers Dettifoss (si conditions favorables).
- Jour 8 : Myvatn – Akureyri – Skagafjörður.
- Jour 9 : Nord-Ouest ou péninsule de Vatnsnes (phoques), continuation vers l’Ouest.
- Jour 10 : péninsule de Snæfellsnes, falaises, plages, volcan.
- Jour 11 : seconde journée à Snæfellsnes ou retour progressif vers Reykjavik.
- Jour 12 : marge météo, activité spécifique (sortie baleines, plongée, etc.), Reykjavik.
- Jour 13–14 : réservés aux imprévus ou aux extensions (Westfjords ou journée supplémentaire dans une région coup de cœur).
Ce schéma sert de base, à adapter selon vos priorités (plus de temps au Nord, détour par les Westfjords, etc.).
3. 8 à 10 jours pour un voyage en famille
Pour une famille, l’idée est de limiter les changements d’hébergement et de garder tous les jours une marge de manœuvre.
- Base 1 : 3 ou 4 nuits dans la région de Reykjavik / Selfoss.
- Base 2 : 3 ou 4 nuits vers Vik ou Skaftafell.
- Une dernière nuit proche de l’aéroport si l’horaire de vol l’impose.
Cela permet de rayonner en étoile sans faire et défaire les bagages chaque soir, en adaptant chaque journée selon la météo et l’énergie des enfants.
Conseils pratiques pour optimiser votre itinéraire d’autotour en Islande
1. Anticiper les temps de conduite réels
Les calculateurs en ligne donnent des durées théoriques, souvent optimistes pour l’Islande. Pour rester réaliste :
- Ajoutez 20 à 30 % au temps de trajet estimé (arrêts photo imprévus, météo, circulation).
- Évitez d’envisager plus de 5 à 6 heures de route effective en une journée standard.
- Gardez à l’esprit que certaines routes ne sont pas goudronnées, ce qui réduit la vitesse moyenne.
2. Intégrer des journées de “souplesse”
Un itinéraire trop rempli vous laisse sans marge en cas de pluie, de vent fort ou de fatigue. Prévoyez au moins :
- Une demi-journée “libre” tous les 4 à 5 jours de voyage.
- Des étapes avec peu de déplacements après une grosse journée de route.
- La possibilité de raccourcir une visite ou de supprimer un site “secondaire” sans regret.
3. Adapter la répartition des journées à votre rythme personnel
Certains voyageurs préfèrent attaquer fort en début de séjour, puis lever le pied ; d’autres l’inverse. Ajustez :
- Les plus grosses étapes plutôt au milieu de séjour, quand vous êtes rodé à la conduite locale.
- Les premières journées avec moins de route, le temps de prendre vos marques.
- La dernière journée de route en mode “sécurisé”, surtout si le vol retour est tôt le lendemain.
4. Éviter les erreurs courantes
Sur le terrain, je retrouve souvent les mêmes problèmes dans les itinéraires préparés trop vite :
- Vouloir tout voir en une seule fois : l’Islande se prête bien à plusieurs voyages. Acceptez de faire des choix.
- Sous-estimer l’impact de la météo : pluie, vent, routes glissantes ralentissent forcément le rythme.
- Négliger les distances entre hébergements et sites : dormir à 1 h 30 de votre site du matin implique de démarrer très tôt.
- Multiplier les changements d’hébergements : chaque check-in / check-out prend du temps et de l’énergie.
5. Utiliser les retours d’expérience pour affiner votre projet
Les itinéraires théoriques sont une chose, la réalité sur le terrain en est une autre. Avant de figer votre circuit, prenez le temps de comparer avec des retours d’expérience détaillés, des récits d’autotour et des exemples d’itinéraires éprouvés. Vous pouvez notamment vous inspirer de mon retour d’expérience complet dans cet article de référence sur la préparation d’un road trip en autotour, où je détaille les temps de trajet réels, les coûts à prévoir et les ajustements à faire selon la saison.
En abordant votre projet avec cette logique de profil de voyageur, de choix de zone cohérente et de construction progressive, vous gagnerez en sérénité et en efficacité. Un bon itinéraire d’autotour en Islande n’est pas celui qui aligne le plus de lieux sur une carte, mais celui qui respecte votre rythme tout en tirant le meilleur parti de chaque journée sur place.
