Préparer un voyage en Islande en autotour fait rêver beaucoup de voyageurs… jusqu’au moment où les détails pratiques rattrapent la carte postale. Conditions météo changeantes, routes parfois déroutantes, coûts élevés : ce pays est aussi fascinant qu’exigeant. Après plusieurs séjours sur place, j’ai listé les erreurs que je vois le plus souvent chez les voyageurs en road trip, avec des solutions concrètes pour les éviter.
Erreur n°1 : Sous-estimer les distances et les temps de trajet
Pourquoi c’est un problème en Islande
Sur la carte, le fameux « tour de l’Islande » par la route 1 semble simple : un anneau d’environ 1 300 km. Beaucoup de voyageurs en déduisent qu’en une semaine, tout est jouable. En réalité :
- Les limitations de vitesse sont strictes (généralement 90 km/h sur route, 80 km/h sur gravier, 50 km/h en ville).
- La météo peut faire chuter votre moyenne à 40–50 km/h pendant plusieurs heures.
- Les arrêts fréquents (points de vue, cascades, sources chaudes, photos de paysages) rallongent très vite la journée.
- Certaines routes secondaires sont en gravier, avec ponts à une voie et passages délicats.
Résultat : des journées de 6 heures théoriques de conduite se transforment facilement en 9 ou 10 heures sur la route, avec la fatigue et le stress qui vont avec.
Solution : construire un itinéraire réaliste
Pour un premier voyage en Islande, je recommande de :
- Limiter la distance quotidienne à 200–250 km maximum, pauses incluses.
- Prévoir 10 à 14 jours pour faire le tour complet de l’île en conditions normales.
- Consacrer un séjour d’une semaine uniquement au sud de l’île (de Reykjavik à Jökulsárlón et retour) pour un rythme plus confortable.
- Tenir compte de la saison : en hiver, les mêmes distances peuvent devenir irréalistes.
Une méthode simple consiste à planifier vos étapes en temps plutôt qu’en kilomètres. Basez-vous sur un calculateur d’itinéraire, puis ajoutez systématiquement 30 % de marge, surtout si vous voyagez en famille ou si vous n’avez pas l’habitude de conduire sur neige et gravier.
Astuce de terrain
Sur place, réévaluez votre programme chaque soir. Si vous constatez que vous arrivez systématiquement plus tard que prévu à votre hébergement, allégez l’étape du lendemain : supprimez une visite secondaire ou réduisez la distance pour éviter de transformer votre voyage en course contre la montre.
Erreur n°2 : Mal choisir son véhicule pour un autotour en Islande
Les pièges fréquents
Le véhicule est le cœur de votre road trip. Pourtant, beaucoup de voyageurs commettent l’une de ces erreurs :
- Choisir la catégorie la moins chère sans réfléchir aux routes empruntées.
- Réserver une voiture de tourisme classique alors qu’ils ont prévu plusieurs pistes F-road (routes de montagne).
- Prendre un 4×4 « pour se rassurer » en restant uniquement sur la route 1, ce qui alourdit inutilement le budget.
Comprendre les types de routes en Islande
Pour faire un choix cohérent, il faut d’abord comprendre la classification des routes :
- Route 1 (Ring Road) et routes principales asphaltées : accessibles à tout type de véhicule, une voiture standard suffit.
- Routes secondaires en gravier : accessibles à une voiture standard mais plus confortables avec un SUV.
- F-roads (routes de montagne, pistes intérieures) : réservées aux 4×4, souvent fermées en dehors de l’été, parfois avec passages de gué.
Solution : choisir un véhicule aligné sur votre itinéraire réel
Avant de réserver :
- Tracez précisément votre parcours sur une carte (Google Maps + carte routière locale).
- Repérez les sections en F-road : si vous n’en avez pas, un 4×4 n’est généralement pas nécessaire.
- Si vous en avez, renseignez-vous sur le type de F-road (certaines sont roulantes, d’autres exigent une vraie expérience de conduite en tout-terrain).
En pratique :
- Pour un itinéraire classique le long de la côte sud ou du tour de l’île en été : une berline compacte ou un petit SUV est suffisant.
- Pour accéder au Landmannalaugar ou à certains hauts plateaux : un vrai 4×4 avec garde au sol élevée et pneus adaptés est indispensable.
Ne pas négliger les assurances
Deux points à surveiller sur le contrat :
- L’assurance contre les projections de gravier (très utile en Islande, surtout sur les routes non asphaltées).
- Les exclusions : la plupart des assurances ne couvrent pas les dommages causés par un passage de gué mal maîtrisé.
Avant de partir, faites des photos détaillées du véhicule (carrosserie, pare-brise, jantes) pour éviter les litiges au retour.
Erreur n°3 : Ignorer la météo et les conditions de circulation
Un pays où la météo décide du programme
En Islande, quatre saisons peuvent défiler dans la même journée. Vent violent, neige, pluie horizontale, brouillard : tout cela peut arriver, même en été. Ne pas intégrer cette réalité dans la préparation de son autotour, c’est prendre des risques inutiles.
Les outils indispensables sur place
Avant chaque départ le matin, adoptez une routine :
- Consulter le site météo officiel islandais (vedur.is) pour les précipitations et le vent.
- Vérifier les conditions de route sur road.is (fermeture de routes, verglas, neige, visibilité).
- Regarder les alertes de la défense civile islandaise (en cas de tempête importante).
Adapter son comportement de conduite
Même si vous êtes un conducteur expérimenté, les conditions locales imposent quelques principes :
- Réduire fortement la vitesse dès que la visibilité baisse ou que la route est mouillée/neigeuse.
- Garder les feux allumés en permanence (c’est obligatoire et indispensable).
- Être particulièrement prudent au passage du bitume au gravier (perte d’adhérence fréquente).
- En cas de vent fort, ralentir et garder fermement le volant, surtout avec un véhicule haut.
Solution : intégrer des marges météo dans l’itinéraire
Dans la planification de votre voyage :
- Prévoyez au moins une demi-journée « tampon » tous les 4 à 5 jours de route pour absorber un blocage météo éventuel.
- Évitez de caler des retours à l’aéroport trop serrés (gardez toujours une nuit à proximité de Reykjavik ou de Keflavík avant votre vol).
- Ne multipliez pas les segments critiques en hiver : privilégiez les régions les mieux desservies et les routes principales.
Acceptez l’idée que certains jours, vous devrez renoncer à une cascade ou à un canyon si les conditions ne sont pas réunies. La sécurité prime largement sur la liste des « spots » à cocher.
Erreur n°4 : Mal gérer le budget d’un autotour en Islande
Le choc des prix sur place
L’Islande est un pays cher, et le mode autotour amplifie certains coûts : location de voiture, carburant, hébergements, restaurants. Beaucoup de voyageurs sous-estiment le budget quotidien, ce qui conduit à des arbitrages de dernière minute ou à des frustrations une fois sur place.
Les postes de dépenses principaux
- Location de voiture : plus vous réservez tôt, plus les tarifs sont intéressants, surtout en été.
- Carburant : le litre est plus cher qu’en Europe continentale, avec peu de variation entre les stations.
- Hébergement : les guesthouses de base restent coûteuses, et les logements bien situés se remplissent vite.
- Restauration : les restaurants représentent un budget conséquent, même pour des plats simples.
Solution : optimiser sans sacrifier l’expérience
Quelques pistes éprouvées :
- Alterner hébergements avec cuisine (appartements, guesthouses) et quelques nuits en hôtel.
- Faire des courses en supermarché pour les petits-déjeuners et une partie des dîners.
- Repérer à l’avance les stations-service le long de votre itinéraire pour éviter les détours.
- Éviter les options superflues à la location de voiture, mais ne pas rogner sur les assurances réellement utiles (gravier, pare-brise).
Pour avoir une vision d’ensemble des postes à anticiper avant de partir, vous pouvez vous appuyer sur notre dossier complet sur les voyages en autotour et la préparation budgétaire, qui détaille comment répartir intelligemment les dépenses lors d’un road trip, quelle que soit la destination.
Anticiper les frais liés aux activités
Autre point souvent oublié : les entrées payantes et activités. Certaines attractions naturelles sont gratuites (cascades, plages, points de vue), mais :
- Les parkings de certains sites sont payants.
- Les bains chauds les plus connus (Blue Lagoon, Sky Lagoon) représentent un budget conséquent.
- Les excursions (sortie baleines, grottes de glace, motoneige) peuvent vite faire grimper la note.
Faites une liste de vos « incontournables » et attribuez un budget spécifique à ces activités avant même de réserver vos vols. Vous éviterez ainsi de devoir arbitrer sur place pour des raisons financières.
Erreur n°5 : Improviser les hébergements au dernier moment
Pourquoi la réservation à la dernière minute est risquée
En haute saison (juin à août), la capacité d’hébergement en Islande est limitée par rapport à la demande. Beaucoup de voyageurs pensent pouvoir réserver au fil de la route, comme dans d’autres pays de road trip. C’est souvent une mauvaise idée :
- Les hébergements les mieux situés (proches des sites majeurs) sont pleins plusieurs mois à l’avance.
- Les prix restants à la dernière minute sont souvent élevés pour un confort moindre.
- Vous risquez de devoir rallonger inutilement vos étapes pour trouver une chambre disponible.
Solution : caler d’abord les étapes nuitées, puis affiner l’itinéraire
Pour un autotour en Islande, la logique efficace est souvent inverse de celle qu’on applique ailleurs :
- Commencer par définir les grandes étapes de nuit (zones, pas forcément l’adresse exacte).
- Réserver les hébergements une fois ces zones validées.
- Ensuite seulement, distribuer les visites et activités autour de ces bases.
Cela garantit un fil conducteur solide à votre road trip, même si vous ajustez certains détails en route.
Varier les types d’hébergement
Pour équilibrer budget et confort :
- Alternez hôtels, guesthouses familiales et fermes d’hôtes.
- En été, envisagez quelques nuits en camping si vous êtes équipés, mais renseignez-vous bien sur les installations.
- Sur les zones très reculées, anticipez davantage : le choix est restreint et les distances entre hébergements peuvent être importantes.
Erreur n°6 : Mal préparer le côté pratique du voyage
Négliger l’équipement de base
Beaucoup de voyageurs arrivent en Islande avec un équipement adapté à un city-trip européen, pas à un road trip dans un climat instable. Les erreurs fréquentes incluent :
- Absence de vêtements imperméables (veste et pantalon).
- Chaussures de ville inadaptées aux sentiers boueux ou enneigés.
- Pas de couches thermiques pour les soirées fraîches, même en été.
- Manque d’accessoires simples (gants, bonnet, lunettes de soleil, sac étanche pour les appareils).
Solution : adopter une logique « 4 saisons dans la journée »
Pour l’habillement, pensez en termes de couches :
- Une couche respirante près du corps.
- Une couche isolante (polaire, doudoune légère).
- Une couche extérieure coupe-vent et imperméable.
Prévoyez aussi systématiquement une tenue de rechange accessible dans la voiture, surtout si vous enchaînez les visites de cascades, où l’on se retrouve facilement trempé par les embruns.
Oublier certains documents et applications utiles
Au-delà des vêtements, quelques éléments pratiques simplifient beaucoup la vie en autotour :
- Un GPS hors ligne ou une application de cartes avec téléchargement des zones prévues (en cas de perte de réseau).
- Une liste des stations-service sur votre trajet, surtout dans les régions peu habitées.
- Un adaptateur pour prises électriques si nécessaire.
- Une batterie externe pour téléphone, utile pour la navigation et les appels d’urgence.
Préparer un « kit voiture » minimaliste
Il n’est pas nécessaire de surcharger le coffre, mais un petit kit peut faire la différence :
- Grattoir et chiffon pour le pare-brise (souvent fournis en hiver par les loueurs).
- Lampe frontale, surtout si vous voyagez hors été.
- Sac poubelle pour garder la voiture propre malgré la boue et la pluie.
- Petite réserve d’eau et de snacks, utile lors de longues distances sans commerce.
Erreur n°7 : Vouloir tout voir en un seul voyage
La tentation de l’itinéraire « catalogue »
L’Islande est riche en paysages variés : volcans, glaciers, fjords, plages de sable noir, sources chaudes… Face à cette diversité, beaucoup de voyageurs construisent un itinéraire surchargé, en accumulant les étapes et les régions à parcourir. Sur le papier, tout semble possible. Sur le terrain, cela donne souvent :
- Des visites expédiées pour respecter le timing.
- Très peu de temps libre pour improviser ou simplement profiter des lieux.
- Un sentiment de fatigue accumulée dès le milieu du séjour.
Solution : accepter de faire des choix et de revenir
La clé d’un autotour réussi en Islande est de sélectionner une ou deux régions prioritaires plutôt que de tout effleurer. Par exemple :
- Pour un premier séjour d’une semaine : concentrer le voyage sur Reykjavik, le Cercle d’Or et la côte sud jusqu’à Jökulsárlón.
- Pour dix jours à deux semaines : envisager le tour de l’île par la route 1 avec quelques détours ciblés.
- Pour un second voyage : se focaliser sur les Fjords de l’Ouest ou les Hautes Terres avec un 4×4.
Cette approche permet de passer plus de temps sur les sites majeurs, de profiter des meilleures lumières de la journée et de ménager des moments de respiration dans l’itinéraire.
Laisser de la place à l’imprévu
Un bon autotour n’est pas un planning rempli à la minute près. Intégrez volontairement :
- Des créneaux sans activité précise, pour vous adapter à la météo.
- Des marges pour vous arrêter sur des spots non prévus (un point de vue, un village, une source chaude moins connue).
- Des étapes plus courtes certains jours pour limiter la fatigue.
En Islande plus encore qu’ailleurs, votre capacité à ajuster le programme au jour le jour fera la différence entre un voyage réussi et une succession de contraintes.
Erreur n°8 : Sous-estimer les spécificités locales de conduite
Une signalisation et des habitudes différentes
Même si la conduite reste globalement simple, certains aspects surprennent les conducteurs non préparés :
- Les ponts à une seule voie : priorité au véhicule déjà engagé, mais la courtoisie et l’anticipation priment.
- Les moutons en liberté près (ou sur) la route, surtout en été.
- Les bancs de brouillard soudains, notamment près de la côte.
Solution : se familiariser avant de prendre le volant
Avant même de partir de l’aéroport avec votre véhicule :
- Demandez au loueur de vous rappeler les règles spécifiques (gestion des phares, limitations, conduite sur gravier).
- Prenez quelques minutes pour vous installer correctement : sièges, rétroviseurs, réglages de lumière.
- Commencez par une courte étape le premier jour, surtout si vous avez eu un long vol.
La prise en main progressive du véhicule et des routes locales vous évitera des erreurs d’inattention dans les premiers kilomètres.
Respecter les limitations sans exception
Les contrôles de vitesse sont fréquents et les amendes élevées. Mais au-delà du coût, la vitesse est réellement un facteur de risque sur des routes qui peuvent changer de surface sans prévenir. Garder une marge de sécurité par rapport à la limitation est souvent plus confortable, surtout avec la météo islandaise.
En gardant à l’esprit ces erreurs fréquentes et en appliquant des solutions concrètes dès la phase de préparation, votre voyage en Islande en autotour gagne en fluidité, en sécurité et en plaisir. Chaque ajustement en amont se traduit sur place par plus de temps pour les paysages, les pauses imprévues et l’expérience du pays tel qu’il se vit réellement, loin des itinéraires trop serrés et des journées épuisantes.

