Préparer un voyage en Islande en autotour semble simple sur le papier : vous louez une voiture, vous tracez un itinéraire autour de la Route 1, et vous partez explorer. Dans la réalité, ce type de road trip demande une planification beaucoup plus fine, surtout dans un pays où la météo, les distances et les coûts peuvent rapidement vous surprendre. Après plusieurs séjours sur place et des dizaines d’heures de préparation, j’ai identifié 7 erreurs de planification fréquentes dont on parle rarement, mais qui peuvent vraiment gâcher votre expérience.
1. Sous-estimer les distances (et les temps de trajet) en Islande
Des kilomètres qui ne se conduisent pas comme ailleurs
Sur une carte, l’Islande paraît compacte. Beaucoup de voyageurs se disent qu’un tour complet de l’île en 7 ou 8 jours est « largement faisable ». Techniquement, c’est vrai : la Route 1 fait un peu plus de 1300 km. Mais vous ne conduirez pas ces kilomètres à la même vitesse que sur une autoroute française.
Les raisons :
- Nombreuses limitations de vitesse (souvent 90 km/h, parfois moins).
- Routes secondaires étroites, parfois en gravier, qui imposent de ralentir.
- Arrêts photos fréquents : cascades, champs de lave, plages, points de vue.
- Animaux sur la route (moutons notamment) qui obligent à rester très vigilant.
- Météo changeante : pluie, brouillard et vent peuvent sérieusement ralentir le rythme.
Résultat : un trajet de 200 km qui semblerait insignifiant ailleurs peut facilement prendre 3 heures de route, sans compter les arrêts.
Itinéraires trop ambitieux : le piège classique
Une erreur courante consiste à enchaîner plusieurs longues étapes de 300 à 400 km par jour en pensant que « ça passera ». Sur le terrain, cela donne :
- Beaucoup de temps passé derrière le volant.
- Peu de temps pour explorer vraiment les sites (vous ne faites que passer).
- Fatigue accumulée, surtout si vous conduisez seul.
- Arrivées tardives à l’hébergement, parfois sous la pluie et dans la nuit.
Pour un autotour agréable, visez plutôt des étapes moyennes de 150 à 250 km par jour, en particulier si vous voyagez en famille ou si vous n’êtes pas à l’aise sur routes secondaires.
Comment recalibrer votre planning
Avant de figer votre itinéraire, vérifiez :
- Les distances précises de chaque étape, et pas seulement la distance totale du voyage.
- Le type de routes empruntées (Route 1 asphaltée, routes secondaires, pistes F limitées aux 4×4).
- Le nombre de points d’intérêt prévus chaque jour : au-delà de 3 arrêts majeurs, la journée devient vite chargée.
Un bon réflexe consiste à planifier votre journée comme si vous alliez mettre 1,5 à 2 fois plus de temps que ce que propose Google Maps. Cette marge permet d’absorber les imprévus et les arrêts supplémentaires que vous aurez forcément envie de faire.
2. Ignorer l’impact réel de la météo sur votre autotour
Une météo plus extrême qu’on ne l’imagine
L’Islande est connue pour sa météo changeante, mais tant qu’on ne l’a pas vécue, on a tendance à la sous-estimer. Ce n’est pas seulement une question de pluie ou de température : c’est surtout le vent qui peut radicalement changer la donne.
Quelques impacts concrets sur votre autotour :
- Rafales très fortes rendant la conduite éprouvante, voire dangereuse sur certains tronçons.
- Routes ponctuellement fermées par les autorités (neige, verglas, conditions tempétueuses).
- Sites touristiques moins agréables à visiter sous la pluie battante ou dans un vent glacial.
- Visibilité réduite en cas de brouillard soudain, notamment sur les hauteurs.
Ces éléments peuvent vous obliger à ralentir, décaler des visites, ou adapter l’ordre de vos étapes.
Planifier sans marge de sécurité : une erreur discrète mais risquée
Beaucoup d’itinéraires « parfaits » trouvés en ligne sont construits comme si la météo allait être idéale chaque jour. Dans la pratique, vous aurez rarement 10 jours consécutifs de grand ciel bleu en Islande. Planifier sans marge revient à :
- Compter sur des trajets à vitesse parfaite, sans ralentissement.
- Enchaîner plusieurs sites en extérieur dans la même journée sans solution de repli.
- Réserver des activités à heure fixe (excursion en bateau, randonnée guidée) trop proches de longues étapes de route.
À la première alerte météo sérieuse, votre planning peut se décaler de plusieurs heures, voire d’une journée.
Stratégies concrètes pour intégrer la météo dans votre planning
Pour limiter les mauvaises surprises :
- Évitez de caler des journées « marathon » avec 4 ou 5 sites éloignés les uns des autres.
- Prévoyez des activités flexibles (bains chauds, musées locaux) pour les jours plus difficiles.
- Consultez régulièrement les sites météo islandais (Vedur, Safetravel) et adaptez vos journées la veille pour le lendemain.
- Préférez deux nuits au même endroit à certains moments du voyage pour garder de la souplesse dans vos déplacements.
Ce type d’organisation paraît moins optimisé sur le papier, mais il offre beaucoup plus de confort sur place, surtout pour un premier autotour en Islande.
3. Mal calibrer le budget réel d’un autotour en Islande
Un pays plus cher qu’attendu, même pour les voyageurs préparés
Les retours sont unanimes : l’Islande est un pays cher. Là où beaucoup se trompent, c’est sur la répartition des coûts et le budget quotidien réel à prévoir pour un autotour. La location de voiture n’est qu’une partie de l’équation.
Lors de la planification, certains oublient de prendre en compte :
- Le coût des assurances complémentaires sur le véhicule (graviers, sable, cendres, bris de glace).
- Le prix du carburant, élevé et consumé plus vite si vous roulez sur des routes vallonnées avec du vent.
- Les hébergements dans les zones isolées, souvent plus chers à qualité égale.
- Les restaurants ou même les repas simples : un plat principal peut facilement dépasser 25–30 €.
- Les activités : excursions en bateau, visites de grottes de glace, sorties baleines, entrée dans certains bains géothermiques.
Conséquences d’un budget mal anticipé
Sur place, un budget sous-estimé se traduit par :
- Stress permanent dès qu’il faut faire un plein ou réserver une activité.
- Renoncements de dernière minute à certaines visites payantes.
- Choix d’hébergements trop bas de gamme ou trop éloignés, pour compenser.
- Repas sautés ou trop simplifiés, alors que les journées sont déjà physiquement exigeantes.
Dans un voyage qui repose sur une autonomie maximale et une bonne condition physique, rogner sur le budget au mauvais endroit peut rendre l’expérience beaucoup moins agréable.
Comment estimer un budget réaliste pour votre road trip
Pour un autotour classique de 10 jours, voici quelques ordres de grandeur à adapter à votre niveau de confort :
- Location de voiture : comparez plusieurs loueurs, vérifiez les franchises, les conditions des pneus, l’assurance gravier/sable. Ne prenez pas la catégorie juste « suffisante » si vous êtes 4 avec des bagages.
- Carburant : estimez le nombre de kilomètres prévus, ajoutez 10 à 20 % de marge, et multipliez par le prix moyen au litre.
- Hébergement : guesthouses, fermes, petites auberges ou appartements. Anticipez une hausse significative en haute saison (été, vacances scolaires).
- Restauration : alternez restaurants, cuisine simple en hébergement (quand c’est possible) et snacks. Un mix assez courant consiste à faire des courses en supermarché pour les petits-déjeuners et certains dîners.
- Activités : listez celles qui sont incontournables pour vous (Blue Lagoon ou autres bains, excursions en mer, grottes de glace) et bloquez un budget dédié.
Pour structurer cette estimation, vous pouvez vous inspirer de ce que j’explique plus en détail dans ce dossier complet sur l’organisation d’un voyage en autotour, en adaptant les principes généraux au contexte islandais.
4. Ne pas adapter l’itinéraire à la saison de voyage
Un même pays, des voyages très différents selon les mois
Une erreur fréquente consiste à calquer un itinéraire trouvé en ligne sans tenir compte de la saison. L’Islande en juillet n’a strictement rien à voir avec l’Islande en mars ou en novembre, et cela se reflète dans :
- La durée du jour (quasi 24 h de lumière en été, quelques heures seulement en plein hiver).
- L’accessibilité des routes (certaines pistes intérieures sont fermées une grande partie de l’année).
- Les activités possibles (grottes de glace en hiver, randonnées plus longues et accès aux Hautes Terres en été).
- Les conditions de conduite (routes enneigées ou verglacées en hiver, pluie et brouillard à d’autres périodes).
Erreur n°1 : vouloir « tout faire » en hiver
En hiver, beaucoup de voyageurs construisent un itinéraire très ambitieux autour de la Route 1, en ajoutant des détours vers les fjords ou les Hautes Terres. Le problème, c’est que :
- Les journées sont courtes, surtout de décembre à février.
- La météo peut vous bloquer quelques heures, voire une journée entière.
- Certaines routes sont fermées ou fortement déconseillées sans véhicule adapté et expérience de conduite hivernale.
Avec ces contraintes, viser un tour complet de l’île en un peu plus d’une semaine en plein hiver s’avère souvent irréaliste ou très fatigant.
Erreur n°2 : sous-exploiter les longues journées d’été
À l’inverse, en été, certains prévoient trop peu de choses par peur de trop charger. Avec la lumière quasi permanente en juin et juillet, il est beaucoup plus facile :
- De répartir les visites tôt le matin et tard le soir, en évitant les heures de plus forte affluence.
- De rouler à des moments plus calmes, avec une meilleure visibilité.
- D’inclure quelques détours supplémentaires sans transformer chaque journée en marathon.
Ne pas tirer parti de cette amplitude de jour, c’est parfois passer à côté de sites que vous auriez pu intégrer sans vous épuiser.
Ajuster l’itinéraire à la saison : quelques repères
Selon la période, voici quelques conseils généraux de planification :
- Hiver (novembre–mars) :
- Réduisez le périmètre de votre itinéraire (par exemple, Sud de l’Islande et Cercle d’Or plutôt que tour complet de l’île).
- Prévoyez plus de nuits au même endroit pour limiter les changements d’hébergement.
- Laissez 1 à 2 journées « tampon » pour compenser les éventuels blocages météo.
- Inter-saison (avril–mai, septembre–octobre) :
- Soyez vigilant sur l’ouverture de certaines routes et activités.
- Préparez un itinéraire principal et un itinéraire de repli plus court.
- Surveillez particulièrement les prévisions météo et l’état des routes.
- Été (juin–août) :
- Vous pouvez envisager un tour complet de l’île en 10 à 14 jours de manière raisonnable.
- Réservez vos hébergements très tôt, surtout dans les zones moins pourvues.
- Profitez des longues journées pour décaler certaines visites en fin de soirée.
5. Improviser la location de voiture et ignorer les caractéristiques du véhicule
Choisir « la moins chère » sans lire les détails
La voiture est l’outil central de votre voyage en autotour. Pourtant, beaucoup de voyageurs se contentent de filtrer par prix et de réserver le premier véhicule bon marché, sans regarder :
- Le type de pneus (quatre saisons, pneus neige en hiver, etc.).
- Les assurances inclues et exclues (gravillons, sable, cendres, bas de caisse).
- La politique de franchise et de dépôt de garantie.
- La garde au sol du véhicule si des routes non asphaltées sont au programme.
Cette approche « minimaliste » fonctionne parfois… jusqu’au premier impact sur le pare-brise, au premier chemin de gravier ou à la première journée de vent de sable sur la côte Sud.
Les erreurs les plus fréquentes avec le véhicule
- Opter pour une petite citadine alors que vous êtes 3 ou 4 avec des bagages volumineux.
- Ignorer la différence entre routes classiques et pistes F (réservées aux 4×4, non couvertes par toutes les assurances).
- Ne pas vérifier les conditions d’utilisation (interdiction de certaines routes, limitations de kilométrage au contrat).
- Ne pas réfléchir à l’impact du vent sur la taille du véhicule et l’ouverture des portes (risque fréquent d’endommager les charnières).
Comment bien préparer la partie « véhicule » de votre autotour
Avant de réserver, posez-vous ces questions :
- Quel type de routes souhaitez-vous emprunter : uniquement la Route 1 et quelques routes secondaires asphaltées, ou bien certaines pistes intérieures ?
- Voyagez-vous seul, en couple, en famille, avec beaucoup de bagages ?
- Acceptez-vous une franchise élevée en échange d’un prix de base plus bas, ou préférez-vous un package plus complet ?
Ensuite, comparez les offres en vérifiant systématiquement :
- La présence ou non d’une assurance pour les graviers, très utile sur les routes islandaises.
- Les conditions en cas de vent fort et d’ouverture de portes : certains contrats mentionnent explicitement ce risque.
- La réputation du loueur, notamment sur la gestion des litiges et des constats de dommages.
Une demi-heure de lecture attentive des conditions de location peut vous éviter de grosses déconvenues à la restitution du véhicule.
6. Planifier les hébergements sans logique géographique
Changer de logement chaque nuit sans raison valable
La tentation est grande de multiplier les étapes pour « voir un maximum » de régions. Certains plannings prévoient 8 ou 9 hébergements différents sur un voyage de 10 jours. Sur le terrain, cela se traduit par :
- Temps perdu à faire et défaire les bagages tous les jours.
- Arrivées tardives dans des hébergements parfois isolés.
- Fatigue mentale liée au fait de changer constamment de repères.
Lorsque j’ai préparé mes premiers autotours, je raisonnais en kilomètres et en sites à voir. Avec l’expérience, j’ai appris à raisonner aussi en « blocs de nuits » dans une même zone, pour optimiser non seulement le temps, mais aussi l’énergie.
Zones saturées et manque d’anticipation
Certains secteurs touristiques (côte Sud, région de Vik, Mývatn, fjords de l’Est) peuvent être rapidement complets en haute saison. Arriver dans ces zones sans réservation ou avec des options très limitées peut obliger à :
- Faire des détours importants pour rejoindre un hébergement disponible.
- Payer très cher pour un rapport qualité-prix moyen.
- Réduire le temps dédié aux visites pour compenser la distance supplémentaire.
Construire un schéma d’hébergements cohérent
Pour un autotour de 8 à 12 jours, une bonne logique consiste à :
- Identifier les grandes zones d’intérêt (Cercle d’Or, côte Sud, région de l’Est, Nord, péninsule de Snæfellsnes, etc.).
- Regrouper certaines nuits dans les mêmes zones pour éviter les trajets inutiles.
- Éviter autant que possible les longs transferts en fin de journée.
Par exemple :
- 2 nuits dans la région du Cercle d’Or pour explorer à la fois les sites classiques et quelques lieux moins fréquentés.
- 2 ou 3 nuits sur la côte Sud pour étaler les visites de cascades, plages et glaciers.
- 2 nuits dans une même ville au Nord pour alterner journées de route et visites locales.
Ce type de structure apporte un rythme plus agréable et une marge pour absorber les retards et imprévus.
7. Négliger les aspects pratiques et de sécurité spécifiques à l’Islande
Partir sans connaître les règles locales de conduite
La conduite en Islande a ses particularités. Ne pas s’y préparer, c’est prendre des risques inutiles. Parmi les points souvent ignorés :
- Les ponts à une seule voie, qui nécessitent une bonne anticipation et un respect strict des priorités.
- Les transitions brutales entre route asphaltée et gravier, où il faut ralentir progressivement.
- Les limitations de vitesse strictes, avec des contrôles fréquents sur certaines portions.
- Les routes non adaptées à certains véhicules, en particulier les pistes F réservées aux 4×4.
Oublier le rôle central de l’information en temps réel
La qualité des infrastructures d’information en Islande est bonne, mais elle est vraiment utile uniquement si vous la consultez régulièrement. Beaucoup de voyageurs ne prennent pas le réflexe de :
- Vérifier l’état des routes avant un long trajet (fermetures, conditions difficiles).
- Consulter les alertes de vent fort, de neige ou de tempête.
- Adapter leur itinéraire en fonction des mises à jour officielles.
Dans un pays où les conditions peuvent changer en quelques heures, cette habitude fait partie intégrante de la planification quotidienne.
Mettre de côté l’équipement et la logistique de base
Enfin, un autotour en Islande ne se joue pas uniquement sur l’itinéraire et les réservations. Certains aspects très simples, mais déterminants sur le terrain, sont parfois négligés :
- Prévoir des vêtements en couches (système multi-couches) pour s’adapter au vent et à la pluie.
- Avoir de quoi protéger votre matériel photo et vos appareils électroniques des intempéries.
- Emporter une réserve d’eau et quelques encas dans la voiture, surtout sur les tronçons isolés.
- Organiser votre coffre de manière logique : ce qui sert tous les jours doit être facilement accessible.
Ce sont des détails, mais ils ont un impact direct sur votre confort au quotidien. Un sac mal organisé ou l’absence de vêtements de rechange secs peuvent transformer une journée pluvieuse en véritable galère.
Intégrer ces paramètres dès la phase de planification
Pour que votre voyage en Islande en autotour soit fluide, il ne suffit pas de lister les sites à voir. La clé consiste à intégrer dès le départ :
- Une estimation réaliste des temps de trajet et de la fatigue de conduite.
- Une marge de manœuvre face à une météo parfois capricieuse.
- Un budget cohérent avec le niveau de confort que vous visez.
- Une structure d’hébergements logique et peu énergivore.
- Une bonne compréhension des règles locales de conduite et des outils d’information disponibles.
Ce sont ces éléments, souvent peu mis en avant dans les récits de voyage « carte postale », qui font la différence entre un autotour en Islande stressant et un voyage maîtrisé, où vous profitez réellement de chaque étape.


