Préparer un voyage en autotour paraît simple sur le papier : une voiture, un itinéraire, quelques hébergements, et c’est parti. Dans la réalité, les erreurs de débutants peuvent transformer un road trip de rêve en succession de frustrations, de dépenses imprévues et de stress inutile. Après plusieurs milliers de kilomètres parcourus en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, j’ai identifié 10 pièges récurrents que je vois revenir chez les voyageurs qui se lancent pour la première fois.
1. Sous-estimer les distances et les temps de trajet
C’est probablement l’erreur la plus fréquente en voyage en autotour, et celle qui peut réduire votre voyage à une course permanente contre la montre.
Confondre kilomètres et réalité du terrain
Sur une carte, 250 km semblent accessibles en quelques heures. En pratique, tout dépend :
- Du type de route (autoroute, nationale, montagne, piste…)
- Des limitations de vitesse locales
- Du trafic (périodes de vacances, heures de pointe, zones urbaines)
- Des pauses nécessaires (repas, photos, points d’intérêt imprévus)
Sur certains itinéraires, 200 km peuvent prendre 5 à 6 heures, notamment en montagne ou sur des routes secondaires sinueuses. En Islande, en Écosse ou dans certaines régions d’Italie, j’ai souvent mis presque le double du temps estimé par le GPS, à cause des arrêts fréquents et des limitations de vitesse.
Programmer des journées “tunnel” sans marge
Un planning de type 5 à 6 heures de route + visites + installation à l’hébergement est rarement tenable, surtout sur plusieurs jours consécutifs. Vous risquez :
- D’arriver systématiquement de nuit à votre logement
- De renoncer à des visites prévues faute de temps
- D’accumuler fatigue et tension au fil des jours
Pour un premier road trip, je recommande de viser 3 heures de conduite “pure” par jour en moyenne, et d’ajouter 30 à 40 % de marge sur l’estimation du GPS pour tenir compte des arrêts.
2. Croire que tout peut s’improviser sur place
L’autotour offre une grande liberté, mais liberté ne signifie pas improvisation totale. Certains éléments gagnent à être anticipés, sous peine de faire exploser le budget ou de se retrouver coincé.
Ne pas réserver les hébergements clés
Dans les régions très touristiques (parcs nationaux, îles, zones côtières), les hébergements intéressants partent longtemps à l’avance :
- Hôtels avec parking inclus
- Gîtes ou locations bien situées
- Petites pensions au bon rapport qualité/prix
Arriver le soir sans réservation dans ce type de région mène souvent à deux solutions peu attractives :
- Payer très cher une chambre restante
- Accepter un logement mal placé, loin de l’itinéraire ou sans services essentiels
Ignorer les contraintes de saison
En haute saison, dans certains pays (États-Unis, Canada, Islande, Norvège, Japon…), les campings, logements et même les locations de voiture peuvent afficher complet. À l’inverse, en basse saison, certains hôtels, routes ou sites peuvent être fermés.
C’est particulièrement vrai dans les parcs nationaux ou sur les îles, où l’offre est limitée. Un minimum de planification vous évitera de devoir modifier votre itinéraire en dernière minute, faute de place.
Penser que le GPS suffira pour s’en sortir
Beaucoup de débutants partent sans carte papier ni itinéraire de secours, en se fiant uniquement à leur GPS ou à leur smartphone. Quelques points de vigilance :
- Les zones sans réseau mobile restent fréquentes (montagne, zones rurales, déserts)
- Une erreur de paramétrage (éviter les autoroutes, éviter les péages, etc.) peut vous faire perdre plusieurs heures
- Une batterie déchargée ou un câble défectueux suffisent à vous priver de guidage
Gardez toujours une version hors-ligne de votre itinéraire (cartes téléchargées, capture d’écran des étapes principales) et, si possible, une carte papier de la région.
3. Mal gérer le budget et les frais cachés de l’autotour
Un voyage en autotour peut être économique… ou beaucoup plus cher que prévu. Plusieurs postes de dépenses sont souvent sous-estimés par les débutants.
Négliger le coût total de la location de voiture
Le prix affiché sur les sites de location ne raconte qu’une partie de l’histoire. Les frais à vérifier systématiquement :
- Assurances incluses (collision, vol, responsabilité civile) et franchises
- Suppléments pour conducteur additionnel
- Frais de prise en charge ou de restitution dans une autre ville (one-way)
- Politique carburant (plein/plein, plein/vide, frais de service)
- Limitations de kilométrage (illimité vs. forfait) et prix du kilomètre supplémentaire
Sur certains itinéraires, la différence entre une offre low-cost mal assurée et une offre intermédiaire bien couverte peut représenter plusieurs centaines d’euros… et surtout éviter de gros problèmes en cas d’incident.
Oublier le poste carburant et péages
Beaucoup de débutants estiment le budget carburant au doigt mouillé. Pour un calcul plus fiable :
- Évaluez la consommation moyenne du modèle loué (en L/100 km)
- Calculez le nombre de kilomètres total prévu (itinéraire + marges)
- Appliquez le prix local du carburant (et non celui de votre pays)
Les péages peuvent également peser lourd sur un budget, notamment en France, en Italie ou au Portugal. Prévoyez une enveloppe spécifique et vérifiez si des alternatives existent via des routes secondaires, quitte à ajouter un peu de temps.
Sous-estimer les frais de stationnement
Les parkings payants en ville ou près des sites touristiques peuvent représenter un poste de dépense significatif :
- Parkings souterrains en centre-ville
- Zones bleues ou à disque
- Stationnement près des sites naturels très fréquentés
Lors de la préparation, vérifiez systématiquement si votre hébergement inclut un parking gratuit ou à tarif réduit. Sinon, intégrez ces coûts dans votre budget quotidien. Certaines villes (Lisbonne, Florence, certaines villes américaines) peuvent vite vous surprendre.
Ignorer les frais de différentes monnaies et paiements
Dans certains pays, les péages, parkings ou stations-service ne prennent pas toujours les cartes étrangères, ou imposent des frais. Pensez à :
- Vous renseigner sur les moyens de paiement les plus acceptés
- Prévoir un peu de liquide pour les situations où la carte ne passe pas
- Vérifier les frais de votre banque sur les paiements et retraits à l’étranger
4. Choisir une voiture inadaptée à l’itinéraire
Le véhicule est le cœur d’un autotour. Un mauvais choix peut provoquer inconfort, surcoûts et parfois impossibilité de suivre certaines routes.
Opter pour la plus petite voiture seulement pour économiser
Une citadine très compacte peut paraître idéale niveau budget, mais ce n’est pas toujours le meilleur choix :
- Si vous êtes plus de deux avec des bagages volumineux, l’habitacle deviendra vite saturé
- Pour de longs trajets, le confort (sièges, insonorisation) compte énormément
- Certains terrains (montagne, pistes) exigent un moteur un minimum puissant
Pour un couple avec deux valises cabines et deux sacs à dos, une petite compacte peut suffire. Pour une famille, un break ou un SUV compact est souvent plus adapté, même si le coût de location est un peu plus élevé.
Ignorer les particularités du terrain
Avant de réserver le véhicule, analysez l’itinéraire :
- Routes de montagne avec forts dénivelés : privilégier un moteur suffisant
- Pistes ou routes non goudronnées : vérifier que la location autorise ce type de route
- Traversée de rivières ou routes très dégradées : parfois, un 4×4 est indispensable
Dans des pays comme l’Islande, la Namibie ou le Kirghizistan, certaines routes sont interdites aux véhicules non adaptés. En cas de problème, l’assurance peut refuser de vous couvrir si vous n’avez pas respecté ces restrictions.
Ne pas vérifier les options essentielles
Quelques options méritent d’être réfléchies à l’avance :
- Boîte automatique, surtout si vous n’êtes pas à l’aise avec le relief ou la conduite à gauche
- GPS intégré vs. utilisation de votre smartphone avec carte hors-ligne
- Climatisation, indispensable dans certaines régions ou saisons chaudes
- Pneus adaptés (neige, hiver) si vous partez en saison froide
5. Surcharger l’itinéraire en voulant “tout voir”
Le réflexe classique du premier autotour : empiler les étapes et les points d’intérêt, jusqu’à transformer le voyage en marathon. C’est l’une des erreurs qui nuisent le plus à l’expérience globale.
Multiplier les changements d’hébergement
Changer de logement tous les soirs a un coût en énergie :
- Faire et défaire les bagages chaque jour
- Arriver à une heure raisonnable pour le check-in
- Comprendre chaque fois un nouvel environnement (stationnement, commerces, accès…)
Pour un premier autotour, viser 2 nuits minimum au même endroit dès que possible est un bon compromis. Cela permet aussi de rayonner sans bagages et de profiter plus sereinement des environs.
Ne pas prévoir de journées “légères”
Une succession de journées très chargées (beaucoup de route + visites) finit par user, même pour les voyageurs les plus motivés. Pensez à inclure :
- Au moins une journée avec peu ou pas de route tous les 4 ou 5 jours
- Des demi-journées sans contrainte horaire (balade libre, baignade, repos…)
- Un peu de marge pour les imprévus positifs (un lieu qui vous plaît plus que prévu, une rencontre, un marché local…)
Mal gérer le temps sur les sites clés
Certains lieux méritent plus qu’un simple arrêt photo. Les débutants ont tendance à sous-estimer les durées de visite :
- Parcs nationaux : prévoir au moins une demi-journée, souvent une journée entière
- Villes historiques : compter une journée complète si vous voulez vraiment en profiter
- Randonnées : ajouter le temps de préparation, de trajet jusqu’au point de départ et de retour
Lors de la construction de l’itinéraire, basez-vous sur des durées de visite réalistes, en vous appuyant sur des retours d’expérience détaillés et non sur une simple lecture de carte.
6. Négliger les règles de conduite locales et la sécurité
Changer de pays, c’est aussi changer de code de la route, de comportements au volant et de risques spécifiques. Ignorer ces différences peut être dangereux.
Ne pas se renseigner sur les particularités locales
Quelques exemples de points à vérifier avant le départ :
- Conduite à droite ou à gauche
- Priorités (ronds-points, intersections sans signalisation claire)
- Présence de radars automatiques ou de contrôles fréquents
- Particularités locales (feux clignotants, dépassements, priorité aux piétons…)
Dans certains pays, l’amende peut être prélevée directement par la société de location sur votre carte, parfois avec des frais de traitement élevés.
Oublier de vérifier les assurances et la couverture médicale
La question des assurances est souvent perçue comme secondaire… jusqu’au jour où un incident survient. Pour un autotour, vérifiez :
- Que votre assurance voyage couvre bien la location de voiture
- Le montant de la franchise en cas d’accident ou de vol
- Les exclusions (pistes, routes non goudronnées, conduite de nuit dans certaines zones…)
- La couverture médicale en cas d’accident de la route à l’étranger
Une bonne préparation sur ce sujet peut vous éviter de graves difficultés financières et administratives.
Minimiser la fatigue et les risques liés à la conduite
Conduire plusieurs heures par jour sur plusieurs jours consécutifs n’a rien à voir avec un simple week-end. Quelques précautions simples :
- Alterner les conducteurs quand c’est possible
- Planifier des pauses toutes les 1h30 à 2h
- Éviter autant que possible la conduite de nuit, surtout sur des routes inconnues
- Limiter l’alcool même en dehors de la conduite (certains pays ont une tolérance zéro)
7. Emporter un équipement inadapté ou incomplet
Le contenu du coffre a un impact direct sur le confort et la sérénité du voyage. Les débutants emportent souvent trop… ou pas ce qu’il faut.
Partir avec des bagages peu pratiques
Pour un autotour, privilégiez :
- Des sacs souples plutôt que des grandes valises rigides, plus faciles à loger dans un coffre plein
- Un petit sac à dos “de jour” pour les visites, contenant eau, coupe-vent, appareil photo, papiers importants
- Une organisation par pochettes (documents de location, réservations d’hôtels, papiers de bord)
Oublier les indispensables liés à la route
Quelques éléments que je garde systématiquement dans le véhicule :
- Une trousse de premiers secours simple mais complète
- Une lampe frontale ou petite lampe torche
- Des lingettes, mouchoirs, petit sac poubelle
- Une bouteille d’eau et quelques encas (barres de céréales, fruits secs)
- Un câble de recharge et, si possible, un adaptateur allume-cigare vers USB
Dans certains pays ou régions isolées, j’ajoute une couverture de survie, un vêtement chaud et un minimum de réserve d’eau supplémentaire.
8. Mal préparer la navigation et l’accès à l’information
Un autotour fluide repose en grande partie sur la capacité à trouver rapidement l’info dont vous avez besoin : itinéraire, horaires, adresses, parkings, etc.
Ne pas anticiper l’absence de réseau
Dans de nombreux pays, les zones sans couverture mobile restent fréquentes. Pour ne pas vous retrouver bloqué :
- Téléchargez les cartes hors-ligne de la région dans votre application de navigation
- Notez l’adresse exacte des hébergements et, si possible, leurs coordonnées GPS
- Conservez une version hors-ligne de vos réservations (PDF, captures d’écran)
Se fier uniquement aux notes dispersées
Un mélange de captures d’écran, de liens favoris et de brouillons dans un carnet peut vite devenir ingérable en situation réelle. Mieux vaut structurer l’info :
- Un document unique (par jour) avec étapes, temps de route estimés, adresses, horaires importants
- Une checklist des points de vigilance (carburant, péages, routes particulières)
- Un repérage en amont des parkings pratiques pour les grandes villes
Pour vous aider à poser les bases d’un itinéraire solide, vous pouvez vous appuyer sur des retours d’expérience structurés comme ceux que je partage sur notre dossier complet consacré aux voyages en autotour et aux circuits en road trip, afin de partir avec une trame déjà éprouvée et adaptée à la réalité du terrain.
9. Mal gérer la relation au temps et aux imprévus
Un voyage en autotour réussit rarement à suivre le planning initial à la minute près. Apprendre à accepter et gérer les imprévus fait partie intégrante de l’expérience.
Vouloir “rentabiliser” chaque minute
Beaucoup de débutants abordent le road trip comme un programme à cocher :
- Tel village en 1h
- Tel site en 45 minutes
- Tel parc en 2h
Ce fonctionnement augmente la frustration dès que quelque chose dévie du plan (retard, météo, coup de cœur inattendu). Intégrer dans votre planning des marges et des temps “libres” permet de mieux absorber ces variations.
Ne pas prévoir de plan B
Quelques exemples d’imprévus classiques :
- Route fermée pour travaux ou intempéries
- Site naturel inaccessible à cause du vent, de la pluie ou de la neige
- Événement local qui rend une zone très difficile d’accès (festival, marché, procession…)
Ayez toujours en tête une alternative de visite ou un itinéraire de repli pour les étapes clés. Cela évite de perdre une journée entière en cas de changement de situation.
10. Oublier que l’autotour reste un voyage, pas un simple déplacement
Enfin, l’erreur la plus subtile : réduire l’autotour à une somme de kilomètres, de points à cocher et d’hébergements réservés, au lieu de le considérer comme un cadre souple pour vivre des expériences.
Se focaliser uniquement sur la route principale
Certains débutants suivent l’itinéraire prévu au kilomètre, en négligeant :
- Les petits détours vers un village aperçu sur un panneau
- Les points de vue non indiqués dans les guides mais repérés sur place
- Les haltes improvisées dans un café, un marché, un petit restaurant local
C’est souvent dans ces moments “hors programme” que le voyage prend une autre dimension.
Oublier d’observer et de documenter son expérience
Tenir un minimum de notes ou de photos structurées permet :
- De garder une trace précise de ce qui a bien (ou mal) fonctionné
- De mieux préparer vos futurs voyages en autotour
- D’aider d’autres voyageurs avec des retours concrets, ancrés dans le réel
Un carnet ou une simple note sur votre téléphone, complété chaque soir avec les temps de route réels, les coûts constatés (carburant, parkings, repas) et les imprévus, devient rapidement une ressource précieuse pour vos prochains projets.
En évitant ces 10 erreurs de débutants, vous augmentez nettement vos chances de vivre un voyage en autotour fluide, réaliste et agréable, où la route devient un véritable cadre d’exploration et non une source de stress permanent.


