Partir en voyage autotour en Islande fait rêver beaucoup de voyageurs, mais ce type de road trip sur une île aussi exigeante ne s’improvise pas. Même des conducteurs expérimentés se retrouvent parfois en difficulté, simplement parce qu’ils ont sous-estimé les spécificités locales. Après plusieurs circuits sur place, je vois revenir toujours les mêmes erreurs de débutant, souvent coûteuses en temps, en argent et en stress.
Mal préparer son itinéraire d’autotour en Islande
Erreur n°1 : vouloir faire le tour complet de l’île en trop peu de jours
C’est probablement l’erreur la plus fréquente sur un voyage autotour en Islande. Sur le papier, la Route 1 (le périphérique qui fait le tour de l’île) semble faisable en une semaine. En pratique, c’est très différent.
Les distances ne sont pas énormes en kilomètres, mais les temps de trajet sont bien plus longs que ce que Google Maps indique. Entre la météo capricieuse, les limitations de vitesse (90 km/h maximum sur route, souvent moins), les arrêts photos et l’état de certaines portions, il est rare de tenir une moyenne supérieure à 60 km/h sur une journée complète.
Conséquences d’un programme trop ambitieux :
- Vous passez plus de temps derrière le volant que sur les sites.
- Vous arrivez sur les spots majeurs (lagon glaciaire, cascades, péninsules) à la mauvaise heure, avec la foule ou une lumière peu intéressante.
- Vous roulez fatigué, donc moins lucide sur des routes déjà exigeantes.
Recommandation pragmatique :
- 5 à 7 jours : concentrez-vous sur le sud de l’Islande (Cercle d’Or + côte sud jusqu’à Jökulsárlón).
- 8 à 10 jours : un demi-tour de l’île (sud + est ou sud + péninsule de Snæfellsnes).
- 14 jours et plus : tour complet de l’île, avec quelques détours vers les Fjords de l’Est ou le nord.
Erreur n°2 : ne pas prévoir de plan B en fonction de la météo
En Islande, la météo peut rendre une partie de votre programme tout simplement irréalisable : vent tempétueux, routes fermées, pluie horizontale, chutes de neige même hors hiver. Partir sans plan B, c’est s’exposer à perdre une journée entière ou à rouler dans des conditions dangereuses.
Ce que je recommande systématiquement :
- Prévoir au moins une activité « météo pourrie » par jour : musée, bains chauds, visite de ville.
- Identifier, avant le départ, une ou deux alternatives proches pour chaque étape majeure (par exemple, si la péninsule de Reykjanes est fermée, avoir une option autour de Reykjavik).
- Consulter chaque matin les sites officiels : vedur.is pour la météo, et road.is pour l’état des routes.
Un itinéraire d’autotour en Islande doit être structuré, mais suffisamment flexible pour absorber une journée de gros temps sans tout faire dérailler.
Mal choisir son véhicule et ses assurances
Erreur n°3 : louer un véhicule inadapté au type de route prévu
Le choix du véhicule est un point clé d’un road trip islandais. Beaucoup de voyageurs réservent un simple véhicule compact en pensant « ça ira bien ». C’est parfois vrai, mais pas toujours.
À prendre en compte :
- Les routes F (F-roads) sont réservées aux 4×4 et souvent fermées une grande partie de l’année. Il est interdit (et dangereux) d’y circuler avec une voiture classique.
- Certaines vallées, pistes intérieures et plateaux (Landmannalaugar, Kjölur, Sprengisandur) nécessitent un vrai 4×4 avec bonne garde au sol, voire franchissement de gués.
- En hiver ou hors saison, même sur la Route 1, un véhicule plus haut et plus stable peut apporter un vrai confort de conduite.
Comment décider :
- Itinéraire concentré sur le sud, en été, sans piste F : une compacte ou un SUV 2 roues motrices peuvent suffire.
- Itinéraire incluant des pistes F, des zones intérieures ou des routes non asphaltées : un 4×4 est fortement recommandé, voire indispensable.
- Autotour hors saison (octobre-avril) : privilégier au minimum un SUV, idéalement 4×4.
Erreur n°4 : sous-estimer l’importance des assurances spécifiques (graviers, sable, cendres)
En Islande, certains types de dommages sont beaucoup plus fréquents que sur un road trip classique. Beaucoup d’agences proposent des assurances dédiées : « gravel protection », « sand and ash protection », etc. Beaucoup de voyageurs les refusent pour économiser, puis le regrettent au moment du retour du véhicule.
Risques réels sur un voyage autotour en Islande :
- Impacts de gravillons sur le pare-brise et la carrosserie : très courant, surtout sur routes non goudronnées.
- Projeter des graviers en croisant ou en doublant un autre véhicule.
- Dégâts liés au sable et aux cendres volcaniques par vent fort, notamment sur la côte sud.
Conseil pratique :
- Lire attentivement les exclusions et franchises avant de réserver.
- Comparer le coût des assurances additionnelles avec le montant de la franchise potentielle.
- Photographier systématiquement le véhicule au départ et au retour (carrosserie, pare-brise, jantes, dessous de pare-chocs si possible).
Gérer approximativement les conditions de route et de météo
Erreur n°5 : ignorer les signalisations de danger et les fermetures de route
Dans certains pays, les panneaux d’avertissement sont parfois perçus comme facultatifs. En Islande, c’est l’inverse : un panneau de danger ou une route fermée doit être pris au sérieux.
Quelques cas typiques :
- Route fermée pour cause de tempête de neige ou de vent violent : contournement obligatoire, même si le GPS propose le trajet.
- Panneau signalant un risque de rafales latérales : ralentir immédiatement, surtout avec un véhicule haut type van ou camping-car.
- Passage de gué non recommandé ou interdit : ne pas tenter si vous n’êtes pas équipé et expérimenté.
Adopter une conduite défensive est essentiel : respecter les limitations, anticiper les changements de revêtement, garder une distance de sécurité plus élevée que d’habitude.
Erreur n°6 : mal gérer le vent, le verglas et les conditions hivernales
Les débutants en autotour islandais sous-estiment souvent deux éléments : le vent et le verglas. Même en dehors de l’hiver, ces deux facteurs peuvent rendre la conduite délicate.
Points de vigilance concrets :
- Au parking, toujours tenir fermement les portières en les ouvrant : les dégâts de porte arrachée par le vent sont fréquents.
- Éviter de se garer perpendiculairement au vent sur les zones dégagées.
- En hiver ou en intersaison, adapter sa vitesse dès que la route semble brillante ou partiellement enneigée.
- Vérifier le type de pneus montés (hiver, cloutés) en fonction de la saison.
Pour un premier voyage, si vous n’avez aucune expérience de conduite hivernale, privilégiez la belle saison pour votre autotour en Islande, ou limitez les distances et les zones les plus exposées.
Mal gérer les distances, le carburant et le temps de visite
Erreur n°7 : sous-estimer les temps de trajet et surcharger chaque journée
Une autre erreur classique consiste à caler 5 ou 6 sites majeurs par jour, en se basant uniquement sur la carte. Sur le terrain, entre les temps de route rallongés, les arrêts photos imprévus et les conditions météo changeantes, la journée devient vite ingérable.
Pour planifier de manière réaliste :
- Limiter les étapes à 2, voire 3 « gros » sites par jour (cascades, canyons, lagon glaciaire, etc.).
- Ajouter les arrêts « secondaires » (points de vue, petites promenades) uniquement si le temps le permet.
- Prendre systématiquement une marge d’au moins 20 à 30 % sur les temps de trajet estimés par le GPS.
Un itinéraire trop dense se traduit souvent par des visites expédiées, une arrivée tardive à l’hébergement et une fatigue cumulative, jour après jour.
Erreur n°8 : mal anticiper le carburant et les services disponibles
En Islande, les stations-service sont relativement fréquentes le long de la Route 1, mais beaucoup plus espacées dans les régions isolées (fjords de l’Est, nord, intérieur). Partir en se disant « je verrai bien où faire le plein » n’est pas une bonne stratégie.
Bon réflexe en autotour : ne jamais descendre sous la moitié du plein sans savoir où se trouve la prochaine station. Un détour ou une fermeture de route peuvent vite rallonger le trajet de 50 à 100 km.
À vérifier avant chaque étape longue :
- Localisation des stations-service sur le trajet (Google Maps ou applications dédiées).
- Horaires d’ouverture si station non automatisée.
- Possibilité de paiement par carte bancaire avec code PIN (standard en Islande, mais certaines bornes refusent les cartes sans PIN ou certaines cartes prépayées).
Profitez des arrêts carburant pour regrouper plusieurs besoins : achats de snacks, passage aux toilettes, vérification rapide du véhicule (pression visuelle des pneus, état du pare-brise).
Sous-estimer la logistique, le budget et les contraintes locales
Erreur n°9 : réserver l’hébergement au dernier moment, surtout en haute saison
En juillet-août, et de plus en plus en mai-juin et septembre, la fréquentation de l’Islande explose. Certains secteurs, surtout hors des grandes villes, disposent de peu d’options d’hébergement. Arriver en fin de journée en espérant trouver une chambre au meilleur prix est une mauvaise idée.
Conséquences possibles :
- Prix élevés pour les dernières chambres disponibles.
- Obligation de faire 50 à 100 km supplémentaires pour trouver un logement libre.
- Perte de flexibilité si vous devez absolument atteindre une ville précise chaque soir.
Stratégie pragmatique :
- En haute saison : réserver tous les hébergements à l’avance, surtout dans les zones peu denses (Fjords de l’Est, nord, intérieur).
- En intersaison : au minimum, sécuriser les nuits dans les secteurs clés (côte sud, zones très touristiques).
- Équilibrer les étapes en fonction des temps de trajet pour éviter les journées à rallonge.
Erreur n°10 : mal estimer le budget global d’un autotour islandais
L’Islande est un pays cher, et un voyage autotour ajoute des postes de dépense importants : location de voiture ou 4×4, carburant, hébergement, repas, activités. Se fier uniquement au prix du billet d’avion et de la voiture de location conduit souvent à des surprises.
Postes à intégrer dans votre budget :
- Location de véhicule : le supplément pour un 4×4 ou pour des assurances spécifiques peut être conséquent mais parfois indispensable.
- Carburant : prix au litre supérieur à la moyenne européenne, consommation plus élevée sur routes difficiles.
- Hébergement : guesthouses, hôtels, fermes, cabanes ; les prix augmentent avec l’éloignement et la saison.
- Repas : restaurants relativement coûteux ; recours fréquent aux snacks de station-service et aux courses en supermarché.
- Activités : sorties baleines, grottes de glace, motoneige, entrées dans certains bains géothermiques, etc.
Pour limiter les mauvaises surprises, il est utile de chiffrer pour chaque jour : kilomètres prévus, nombre de repas hors hébergement, activités payantes éventuelles. Une approche méthodique permet de garder le contrôle sur le budget, sans renoncer aux expériences qui font la valeur du voyage.
Structurer son voyage autotour en Islande de manière méthodique
Adopter une démarche pragmatique de préparation
Un autotour en Islande ne se prépare pas comme un simple week-end en ville. Entre la météo, l’état des routes, le choix du véhicule, le budget et la réservation des hébergements, chaque paramètre a un impact sur les autres.
Démarche que j’applique systématiquement :
- Définir la durée et la saison du voyage (par exemple 10 jours en juin).
- Choisir les zones prioritaires (sud, nord, péninsules, intérieur) en fonction de cette durée.
- Tracer un itinéraire provisoire avec nombre de kilomètres et temps de route par jour.
- Ajuster en supprimant ce qui surcharge les journées ou nécessite un véhicule inadapté.
- Choisir ensuite le type de véhicule et les options d’assurance en fonction du programme retenu.
- Bloquer enfin les hébergements en priorisant les zones les plus tendues.
Cette logique évite de se retrouver avec un 4×4 surdimensionné pour un itinéraire qui ne sort jamais de la Route 1, ou au contraire avec une citadine pour un programme centré sur les pistes intérieures.
Capitaliser sur les retours d’expérience concrets
Les guides généralistes donnent une bonne base, mais pour un autotour, ce sont souvent les retours précis d’autres voyageurs qui font la différence : temps de route réellement observés, météo sur telle période, état d’une piste, intérêt réel d’un détour, difficulté de certains gués, etc.
Avant de finaliser votre itinéraire :
- Consulter des récits d’itinéraires détaillés (kilométrage, temps de trajet, budget jour par jour).
- Comparer plusieurs sources pour ne pas reposer tout votre programme sur un seul avis.
- Repérer les sites ou blogs qui privilégient les informations pratiques plutôt que les discours trop vagues.
Pour aller plus loin dans la préparation de ce type de voyage, plusieurs retours d’expérience structurés sont disponibles sur notre dossier complet dédié aux voyages en autotour, avec des exemples d’itinéraires, des budgets détaillés et des conseils logistiques éprouvés sur le terrain.
Adapter son rythme et ses attentes à la réalité du terrain
Un voyage autotour en Islande réussi repose sur un équilibre : voir les incontournables, mais accepter de renoncer à certains détours si les conditions ne sont pas réunies. Vouloir tout cocher sur une liste est contre-productif.
Réflexes à garder en tête sur place :
- Accepter d’écourter ou de modifier une étape si la météo se dégrade fortement.
- Ne pas forcer un passage risqué (piste, gué, route fermée) pour « sauver » un point du programme.
- Préserver au moins quelques moments de vraie pause (bains chauds, balades courtes, observation tranquille des paysages) pour ne pas transformer le voyage en simple enchaînement de kilomètres.
En évitant ces 10 erreurs de débutant et en abordant l’Islande avec une préparation méthodique, votre autotour gagne en sécurité, en confort et en qualité d’expérience, sans exploser votre budget ni vos nerfs sur la route.

