lundi 19 janvier 2026

Préparer un voyage autotour en Islande, c’est accepter que la météo, la route et votre propre niveau d’audace dictent une bonne partie du programme. Entre un itinéraire très balisé sur la route circulaire n°1 et des pistes F reculées au cœur des Hautes Terres, l’écart de difficulté est énorme. L’objectif de cet article : vous proposer plusieurs scénarios d’aventures adaptés à votre profil, de prudent à très engagé, en vous donnant des repères concrets pour choisir le bon niveau.

Comprendre l’autotour en Islande et évaluer son niveau

Avant de choisir un itinéraire, il est utile de faire le point sur trois paramètres essentiels : votre expérience de conduite, votre tolérance à l’imprévu et votre façon de voyager (rythme, budget, attentes). C’est ce trio qui va déterminer si vous devez viser un circuit très accessible ou un road trip plus engagé.

Ce que recouvre réellement un autotour en Islande

En Islande, un autotour se résume rarement à “je prends une voiture et je roule où je veux”. Le pays a des spécificités qui impactent fortement la conduite :

  • Une météo très changeante : vent fort, pluie latérale, brouillard, parfois neige, même hors hiver dans certaines régions.
  • Une signalisation correcte mais parfois minimaliste dans les zones isolées.
  • Des routes au revêtement très variable : asphalte correct, gravier, pistes F avec gués à franchir.
  • Une fréquentation touristique concentrée sur certaines zones (Cercle d’Or, lagon glaciaire, péninsule de Reykjanes).

Je détaille d’ailleurs ma façon de structurer mes itinéraires, de choisir la bonne voiture et de gérer les imprévus dans mon dossier complet sur l’organisation d’un road trip en autonomie, qui peut être une bonne base avant de vous lancer spécifiquement en Islande.

Se situer honnêtement sur l’échelle d’audace

Pour simplifier, voici une grille de lecture rapide. Placez-vous là où vous vous reconnaissez le mieux :

  • Niveau 1 – Prudent : peu d’expérience de conduite hors autoroute ou en montagne, envie de paysages impressionnants mais besoin de routes globalement faciles, pas de traversée de gué.
  • Niveau 2 – Intermédiaire : à l’aise sur routes de campagne, d’accord pour rouler sur des pistes en gravier, capable de gérer des journées de conduite de 3 à 5 heures avec quelques imprévus.
  • Niveau 3 – Engagé : habitué aux routes difficiles, à la conduite en montagne ou sur pistes, prêt à franchir quelques gués en 4×4, bonne gestion du stress et du froid.

Les trois scénarios qui suivent sont construits sur cette base, avec des durées, des régions et un niveau de difficulté cohérents avec chaque profil.

Scénario 1 – Autotour Islande en mode découverte prudente

Ce scénario s’adresse à ceux qui veulent découvrir l’Islande sans se mettre en difficulté : peu de pistes, maximum de routes asphaltées, hébergements réservés à l’avance et un rythme raisonnable.

Durée idéale et période recommandée

Pour ce premier niveau, une durée de 7 à 9 jours en Islande est généralement suffisante. Côté calendrier, privilégiez :

  • Fin mai à début septembre pour bénéficier de journées longues et de conditions routières plus stables.
  • Éviter si possible décembre-février, surtout si vous n’avez aucune expérience de conduite sur neige ou verglas.

L’idée est de limiter au maximum les risques liés à la météo et de se concentrer sur une seule grande région (ouest et sud) plutôt que de vouloir faire le tour complet de l’île.

Itinéraire type sur 8 jours pour voyageurs prudents

  • Jour 1 – Arrivée à Keflavík, nuit à Reykjavik
    • Récupération du véhicule directement à l’aéroport.
    • Trajet simple jusqu’à Reykjavik (environ 45 minutes).
    • Installation, repérage rapide de la ville, courses de base pour le road trip.
  • Jour 2 – Cercle d’Or (route facile et très balisée)
    • Þingvellir, Geysir, Gullfoss : sites majeurs, bien indiqués, grands parkings.
    • Temps de route total raisonnable (3 à 4 heures selon les arrêts).
    • Nuit dans la région de Selfoss ou Hella.
  • Jour 3 – Côte sud jusqu’à Vik
    • Seljalandsfoss, Skógafoss, plages de sable noir de Reynisfjara.
    • Route numéro 1, globalement en très bon état.
    • Nuit à Vik ou environs.
  • Jour 4 – Vik et alentours sans pression
    • Journée plus souple : randonnées courtes, falaises de Dyrhólaey si la météo le permet.
    • Possibilité de rester une deuxième nuit à Vik pour éviter de multiplier les changements d’hébergement.
  • Jour 5 – Retour vers l’ouest par la route 1
    • Arrêts éventuels sur des sites manqués à l’aller.
    • Nuit dans la région de Hveragerði ou Selfoss.
  • Jour 6 – Péninsule de Reykjanes
    • Zones géothermiques, littoral volcanique, éventuellement Blue Lagoon ou autre source chaude.
    • Nuit proche de l’aéroport ou à Reykjavik selon votre vol retour.
  • Jours 7-8 – Retour
    • Dernière balade à Reykjavik, restitution du véhicule, vol retour.

Type de véhicule et budget indicatif

Pour cet itinéraire, un véhicule 2 roues motrices (type citadine ou compacte) est généralement suffisant en été. Quelques points à anticiper :

  • Location voiture : prévoyez une assurance incluant gravier et sable, même si vous restez sur les routes principales.
  • Carburant : comptez un budget conséquent, le litre étant nettement plus cher qu’en Europe continentale.
  • Hébergement : réserver tôt (3 à 6 mois à l’avance) pour éviter d’être contraint sur le choix et les tarifs.

Cet itinéraire est adapté si votre priorité est de réduire le stress de conduite, quitte à renoncer aux zones les plus sauvages de l’île.

Scénario 2 – Road trip intermédiaire pour voyageurs déjà à l’aise

Ce deuxième scénario convient à ceux qui ont déjà plusieurs road trips à leur actif, qui sont à l’aise sur les routes de campagne et prêts à parcourir davantage de kilomètres. L’objectif : couvrir une portion plus large de l’Islande, sans tomber dans les pistes extrêmes.

Durée et régions couvertes

Sur ce niveau, une durée de 10 à 14 jours est idéale. Vous pouvez :

  • Soit réaliser un tour complet de l’île par la route 1 (avec quelques détours raisonnables).
  • Soit combiner sud, est et nord avec un temps plus conséquent sur chaque zone, si vous préférez rouler un peu moins chaque jour.

Les conditions optimales restent de juin à début septembre, mais un autotour d’avril à octobre reste envisageable avec un suivi météo rigoureux.

Exemple d’itinéraire de 12 jours niveau intermédiaire

  • Jours 1-3 – Reykjavik + Cercle d’Or + côte sud jusqu’à Vik
    • Même base que le scénario prudent, mais rythme un peu plus soutenu.
    • Vous pouvez ajouter une randonnée un peu plus longue (par exemple vers une cascade moins fréquentée).
  • Jours 4-5 – Vik à Höfn / lagon glaciaire de Jökulsárlón
    • Arrêt à Skaftafell pour une randonnée vers les points de vue sur le glacier.
    • Observation des icebergs à Jökulsárlón et Diamond Beach.
    • Nuit dans la région de Höfn ou un peu avant pour limiter la fatigue.
  • Jours 6-7 – Côte est et fjords de l’est
    • Routes sinueuses mais en bon état, superbes points de vue sur les fjords.
    • Possibilité de s’arrêter dans de petits villages de pêcheurs.
    • Nuit dans les fjords ou à Egilsstaðir.
  • Jours 8-9 – Nord de l’Islande et région de Mývatn
    • Sites géothermiques, cratères, pseudo-cratères, bains naturels.
    • Route globalement correcte, quelques portions de gravier possibles.
    • Nuit à Mývatn ou Húsavík si vous ajoutez l’observation des baleines.
  • Jour 10 – Akureyri et retour vers l’ouest
    • Visite d’Akureyri, pause urbaine bienvenue.
    • Route vers l’ouest (Borgarnes ou environs) pour couper le trajet.
  • Jours 11-12 – Péninsule de Snæfellsnes + retour
    • Exploration de Snæfellsnes, souvent décrite comme un “condensé” d’Islande.
    • Route parfois étroite et un peu plus exposée au vent, mais accessible à un conducteur intermédiaire.
    • Retour à Reykjavik puis Keflavík.

Gestion du rythme et des imprévus

Sur ce type d’itinéraire, l’enjeu n’est plus seulement de choisir des routes faciles, mais plutôt de :

  • Limiter les trop longues journées de conduite (5 à 6 heures max hors arrêts).
  • Prévoir au moins une journée “tampon” pour absorber une grosse perturbation météo.
  • Accepter de renoncer à un site si les conditions de vent ou de visibilité sont défavorables.

Un véhicule 2 roues motrices reste suffisant si vous ne prenez pas de routes F, mais choisissez un modèle suffisamment confortable pour de longues heures à bord.

Scénario 3 – Aventure engagée pour conducteurs aguerris

Ce dernier scénario est destiné aux voyageurs ayant déjà une bonne expérience de conduite en conditions difficiles (pistes, routes de montagne, météo changeante) et qui souhaitent intégrer les Hautes Terres ou des zones plus isolées dans leur autotour islandais.

Prérequis indispensables

Avant de viser ce niveau, vérifiez :

  • Que vous êtes à l’aise avec la conduite sur pistes non asphaltées (gravier, ornières, nids de poule).
  • Que vous savez adapter rapidement votre conduite à la météo (vent fort, visibilité réduite).
  • Que vous acceptez une part d’incertitude : gués à franchir, routes F pouvant être fermées du jour au lendemain.

Sans ces prérequis, l’expérience peut rapidement devenir stressante plutôt que stimulante.

Durée et structure générale d’un itinéraire engagé

Comptez au minimum 12 à 15 jours, avec un découpage possible :

  • Une base similaire au circuit intermédiaire (sud, est, nord).
  • 1 à 3 incursions ciblées dans les Hautes Terres, en fonction de l’ouverture des pistes et de la météo.
  • Quelques détours vers des régions plus isolées (par exemple les fjords du nord-ouest si la saison le permet).

Exemple d’intégration des Hautes Terres sur 14 jours

  • Jours 1-5 – Base sud / sud-est
    • Analogues à l’itinéraire intermédiaire, mais avec la possibilité d’ajouter quelques pistes faciles.
    • Exemple : petites routes secondaires menant à des canyons ou cascades moins fréquentées.
  • Jours 6-8 – Première incursion dans les Hautes Terres (Landmannalaugar, par exemple)
    • Accès généralement par pistes F nécessitant un 4×4 adapté.
    • Franchissement de gués selon l’état des rivières (se renseigner systématiquement avant de partir).
    • Nuit en refuge ou en camping, confort plus rudimentaire mais immersion totale.
  • Jours 9-10 – Transition vers le nord
    • Retour sur des routes plus classiques pour récupérer.
    • Visite de sites géothermiques et de zones volcaniques en périphérie des Hautes Terres.
  • Jours 11-13 – Deuxième zone isolée (par exemple fjords du nord-ouest ou autre région reculée)
    • Routes parfois étroites, exposition au vent, peu de services sur place.
    • Nécessité d’anticiper carburant, ravitaillement et temps de trajet.
  • Jour 14 – Retour
    • Route vers Reykjavik, restitution du véhicule, vol.

Choix du 4×4 et marges de sécurité

À ce niveau d’audace, le choix du véhicule devient central :

  • Véritable 4×4 avec garde au sol suffisante, pas un simple SUV “looké” sans réelles capacités off-road.
  • Assurance couvrant explicitement les pistes F (certaines franchises excluent certains dégâts).
  • Vérification systématique des conditions de routes et de gués avant chaque départ sur piste.

Planifiez également des marges de sécurité sur le timing : sur piste, la moyenne horaire tombe facilement à 30 km/h ou moins, sans compter les arrêts photo et les imprévus.

Questions pratiques : budget, saison et sécurité selon votre niveau

Au-delà du choix d’itinéraire, trois sujets reviennent systématiquement en préparation d’autotour en Islande : combien ça coûte, quand partir et comment limiter les risques sur place. Les réponses varient selon votre niveau d’audace.

Impact du niveau d’audace sur le budget

  • Scénario prudent
    • Location d’un véhicule 2 roues motrices, plus économique.
    • Moins de kilomètres qu’un tour complet de l’île, donc carburant légèrement réduit.
    • Hébergements dans des zones assez fréquentées mais avec un bon choix de catégories.
  • Scénario intermédiaire
    • Plus de kilomètres, donc budget carburant en hausse.
    • Possibilité de combiner guesthouses et hébergements un peu plus isolés (parfois plus chers ou moins flexibles).
  • Scénario engagé
    • Location 4×4 nettement plus coûteuse, surtout en haute saison.
    • Carburant plus important en raison de la consommation supérieure et des itinéraires plus longs.
    • Refuges ou hébergements rares à réserver très tôt, parfois avec des conditions d’annulation restrictives.

Dans tous les cas, l’Islande reste une destination chère. Le niveau d’audace influe surtout sur la ligne “transport” du budget global.

Meilleure saison selon votre profil

  • Niveau prudent
    • Juin à août : routes dégagées, météo plus stable, nuits courtes (mais plus simples pour conduire).
    • Éviter l’hiver sauf si vous avez déjà l’habitude de conduire sur neige et verglas.
  • Niveau intermédiaire
    • Mai et septembre sont envisageables, avec des journées plus courtes mais moins de touristes.
    • Nécessité de surveiller les fermetures de routes plus tôt en saison.
  • Niveau engagé
    • Fenêtre souvent plus restreinte pour les Hautes Terres : en général de fin juin à début septembre, selon l’enneigement.
    • Votre flexibilité de dates doit être plus grande pour pouvoir adapter le programme aux ouvertures de pistes.

Sécurité : ajuster son comportement à son niveau

Quel que soit votre scénario, quelques principes restent valables :

  • Consulter quotidiennement les sites officiels sur l’état des routes et la météo.
  • Ne jamais s’engager sur une piste F ou dans un gué avec un véhicule non adapté.
  • Éviter de rouler de nuit, surtout en dehors des mois d’été.

La différence se fait ensuite dans la tolérance à l’isolement et à la difficulté :

  • Niveau prudent : rester sur les itinéraires touristiques majeurs, où l’assistance est plus rapide en cas de problème.
  • Niveau intermédiaire : accepter des tronçons plus isolés, mais sans multiplier les zones très reculées dans la même journée.
  • Niveau engagé : combiner isolement et difficultés techniques, mais avec un haut niveau de préparation (cartes hors ligne, ravitaillement, marge de temps importante).

L’objectif n’est pas de “pousser” votre audace au maximum, mais de trouver le bon équilibre entre découverte et confort, de façon à profiter pleinement de votre voyage sans se mettre en danger.

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