Préparer un itinéraire d’autotour ne se résume pas à tracer une ligne entre deux points sur une carte. Pour que le voyage reste fluide, agréable et réaliste, il faut anticiper les distances, les temps de pause, le budget, les réservations et les aléas. Dans les lignes qui suivent, je vous propose une méthode simple pour construire un itinéraire solide, puis 5 modèles prêts à adapter selon votre destination et votre style de voyage.
1. Ce qui fait un bon itinéraire de voyage autotour
Avant de copier un itinéraire « clé en main », il est utile de comprendre ce qui fait la qualité d’un circuit en autotour. Un bon itinéraire n’est pas forcément celui qui coche le plus de cases, mais celui qui respecte votre rythme et vos contraintes.
1.1. Un équilibre entre route et visites
Sur le terrain, le principal écueil que je constate chez les voyageurs est le rythme trop ambitieux. On sous-estime systématiquement :
- Les temps de trajet réels (pauses, bouchons, limitations de vitesse, travaux)
- La fatigue accumulée après plusieurs jours de conduite
- Le temps nécessaire pour les visites imprévues qui rendent justement le voyage intéressant
Une base raisonnable pour un autotour classique :
- 3 à 4 heures de route par jour en moyenne
- 1 journée complète sans route toutes les 3 ou 4 journées de déplacement
- Des tronçons plus longs uniquement lorsque la route est vraiment intéressante (paysages, étapes photogéniques)
1.2. Des étapes cohérentes entre elles
Un bon itinéraire ressemble plus à une boucle logique qu’à un zigzag brouillon. Pour vérifier la cohérence de votre circuit, posez-vous quelques questions simples :
- Les étapes s’enchaînent-elles sans retour inutile en arrière ?
- Les changements de décor sont-ils progressifs ou trop brutaux (ville dense après ville dense, sans respiration) ?
- Les journées « fortes » (longue route + visites importantes) sont-elles suivies d’une journée plus légère ?
Un itinéraire pensé comme une progression (paysages, altitude, climat, ambiance) est souvent plus agréable qu’un enchaînement de « spots » isolés.
1.3. Une marge de manœuvre pour l’imprévu
Un road trip trop serré en timing laisse peu de place :
- Aux rencontres sur place (invitation à un repas, discussion prolongée avec un hôte)
- Aux imprévus météo (pluie, canicule, tempête, routes fermées)
- Aux coups de cœur imprévus (un village, une randonnée ou un point de vue que vous découvrez sur place)
Prévoyez systématiquement :
- Des étapes « tampons » avec peu de choses programmées
- Au moins 1 journée souple sur un voyage d’une dizaine de jours
- Des options B et C pour certaines journées (activité payante / activité gratuite / simple balade)
2. Méthode pas à pas pour construire son itinéraire de rêve
Voici une méthode structurée, inspirée de ma pratique de logisticien puis de voyageur en autotour. L’idée est de passer du « rêve » à un plan concret sans perdre le plaisir de la préparation.
2.1. Définir le cadre : durée, saison, budget, style de voyage
Avant de choisir les étapes, fixez le cadre :
- Durée totale : nombre de jours pleins sur place (hors jours de vol ou de trajet long pour l’arrivée et le départ)
- Saison et météo : hiver, été, saison des pluies, routes fermées, heures de jour disponibles
- Budget approximatif : carburant, hébergements, activités incontournables, marge d’imprévu
- Style de voyage : plutôt visites culturelles, grands espaces, villages, gastronomie, randonnées, etc.
Ce cadre vous permettra de filtrer rapidement les zones trop éloignées ou incompatibles avec la saison (cols fermés, chaleur excessive, pluies torrentielles).
2.2. Identifier les « points phares » du voyage
Listez en vrac ce que vous voulez absolument voir ou vivre :
- Sites naturels majeurs (canyon, parc national, côte sauvage)
- Villes ou quartiers précis (centre historique, port, quartier d’artisans)
- Activités ciblées (balade en bateau, randonnée, dégustation, musée spécifique)
L’objectif n’est pas encore de tout caler, mais d’identifier 3 à 6 points phares qui structureront l’ossature de votre itinéraire. Tout le reste se greffera autour.
2.3. Tracer une première boucle réaliste
À partir de vos points phares, travaillez sur une carte (papier ou numérique) et :
- Reliez les points dans un ordre logique (sens des routes, relief, contraintes météo, temps de trajet)
- Transformez si possible un aller-retour en boucle pour éviter de repasser deux fois au même endroit
- Vérifiez les distances jour par jour en privilégiant un maximum de 250 à 300 km par journée de route, sauf cas particulier
Vous obtenez une première version de votre itinéraire. Elle est souvent trop ambitieuse, c’est normal. L’étape suivante consiste à couper ce qui dépasse.
2.4. Simplifier et densifier intelligemment
Pour rendre votre circuit plus réaliste :
- Supprimez une ou deux zones éloignées qui imposent de longues liaisons « pour rien »
- Regroupez plusieurs petites visites dans une même zone sur une ou deux journées
- Ajoutez des nuits supplémentaires aux étapes stratégiques (villes bien situées pour plusieurs excursions en étoile)
Un bon indicateur : vous ne devriez pas avoir l’impression de « faire vos bagages en permanence ». Pour un autotour de 10 jours, viser environ 4 à 6 hébergements différents est souvent confortable.
2.5. Finaliser la logistique de base
Avant d’entrer dans le détail des visites heure par heure, verrouillez ces éléments :
- Location de véhicule (catégorie, kilométrage, assurance, conditions de prise et de restitution)
- Réservation des hébergements pour les grandes étapes (au moins la première et la dernière nuit, plus les nuits en zones très demandées)
- Vérification des routes particulières (pistes, routes de montagne, routes côtières étroites) et des réglementations locales
Pour aller plus loin, vous pouvez vous appuyer sur ce dossier complet consacré aux voyages en autotour, où je détaille la préparation de la voiture, la gestion du carburant, des assurances et les réflexes à avoir sur la route.
3. Cinq modèles d’itinéraires d’autotour prêts à adapter
Les modèles ci-dessous sont volontairement génériques. Ils ne sont pas attachés à un pays précis mais à une logique de voyage. Vous pouvez les adapter à de nombreuses destinations (Europe, Amérique du Nord, certains pays d’Asie ou d’Amérique latine) en ajustant simplement les distances selon l’état des routes.
3.1. Modèle n°1 : La boucle classique 10 jours – Paysages et villes principales
Ce modèle convient bien pour un premier autotour dans un pays assez vaste avec un bon réseau routier (par exemple Espagne, Italie, Portugal, Ouest des États-Unis, etc.).
- Jour 1 – Arrivée à la ville principale (A)
Installation, récupération du véhicule, découverte légère du centre-ville. Nuits 1 et 2 à A. - Jour 2 – Visite approfondie de A
Musées majeurs, vieux quartier, point de vue panoramique. Soirée tranquille pour récupérer du voyage. - Jour 3 – A → B (200–250 km)
Route scénique, village ou site naturel en chemin. Nuit à B, petite ville ou région viticole. - Jour 4 – Région de B
Journée en étoile : visites de plusieurs villages, dégustations, randonnée courte. - Jour 5 – B → C (150–250 km)
Paysages plus sauvages (montagne, côte, parc national). Nuit à C, hébergement proche de la nature. - Jour 6 – Région de C
Randonnée, plage, lac ou activités de plein air. Retour au même hébergement le soir. - Jour 7 – C → D (200–300 km)
Changement d’ambiance : route vers une autre grande ville ou une région culturelle forte. Nuit à D. - Jour 8 – Visite de D
Quartiers historiques, marché local, visite guidée optionnelle. - Jour 9 – D → A (200–300 km)
Retour vers la ville de départ. Possibilité de s’arrêter dans un site intermédiaire non encore visité. Nuit à A. - Jour 10 – Derniers achats et départ
Restitution du véhicule et vol ou train retour.
Points forts : rythme équilibré, alternance villes / nature, peu de gros transferts. Ce modèle s’adapte bien à beaucoup de contextes, tant que les routes sont correctes.
3.2. Modèle n°2 : Le road trip côtier 7 à 9 jours – De port en port
Parfait si vous voulez suivre une côte (Atlantique, Méditerranée, Pacifique, etc.) sans repasser par les mêmes lieux.
- Jour 1 – Ville côtière de départ (A)
Arrivée, prise du véhicule, balade sur le front de mer. Nuit à A. - Jour 2 – A → B (100–200 km)
Route côtière avec nombreux arrêts (plages, falaises, petits ports). Nuit dans un village de pêcheurs (B). - Jour 3 – B → C (100–200 km)
Poursuite le long de la côte, avec éventuellement un détour dans l’arrière-pays (vignobles, collines, villages). Nuit à C. - Jour 4 – Journée « off » à C
Plage, marché local, excursion en bateau ou snorkeling selon la destination. - Jour 5 – C → D (150–250 km)
Segment plus long, toujours en longeant la côte ou en alternant avec un passage par l’intérieur des terres. Nuit à D. - Jour 6 – Région de D
Option randonnée côtière, criques isolées, visite d’un parc naturel marin. - Jour 7 – D → E (100–200 km)
Dernière étape côtière, souvent vers une ville un peu plus grande avec plus de services (restaurants, commerces). Nuit à E. - Jour 8 – E → grande ville de départ ou d’arrivée (selon la logistique)
Restitution de la voiture et nuit en ville si besoin. - Jour 9 – Départ
Vol ou train retour.
Point de vigilance : en haute saison, réservez les hébergements longtemps à l’avance sur les segments les plus touristiques, surtout dans les villages de petite capacité.
3.3. Modèle n°3 : L’autotour « parcs nationaux » 12 à 15 jours – Grands espaces
Ce modèle est adapté aux régions de grands espaces (États-Unis, Canada, Islande, certains pays d’Amérique latine). Il suppose d’accepter certains tronçons plus longs, compensés par plusieurs nuits au même endroit.
- Jour 1 – Arrivée en grande ville (A)
Installation, récupération du véhicule, achat de provisions de base. Nuit à A. - Jour 2 – A → Parc 1 (B) (250–400 km)
Longue route pour rejoindre le premier parc. Nuit à proximité ou à l’intérieur du parc si possible. - Jour 3 – Parc 1 (B)
Journée de découverte : points de vue majeurs, petite randonnée pour se mettre en jambes. - Jour 4 – Parc 1 → Parc 2 (C) (150–300 km)
Route scénique, arrêts photos. Nuit près du Parc 2. - Jour 5 – Parc 2 (C)
Journée complète : randonnée plus longue ou activité guidée (balade à cheval, kayak, etc.). - Jour 6 – Parc 2 → ville étape (D) (200–300 km)
Ville moyenne, pratique pour refaire le plein, laver le linge, changer de rythme. Nuit à D. - Jour 7 – Repos partiel à D
Visite light (centre-ville, musée, marché), logistique. - Jour 8 – D → Parc 3 (E) (200–350 km)
Route vers un nouveau parc aux paysages contrastés. Nuit près de E. - Jour 9 – Parc 3 (E)
Activités de nature (lacs, sommets, faune sauvage). - Jour 10 – Parc 3 → Parc 4 ou région nature (F) (150–300 km)
Selon votre destination, quatrième parc ou grande région naturelle complémentaire. - Jour 11 – Région F
Journée en étoile. Possibilité d’une seconde nuit si le temps total le permet. - Jour 12 – F → Ville de départ (A ou autre) (300–400 km)
Long trajet de retour vers la grande ville. Nuit en ville. - Jour 13–15 – Marge de manœuvre
Selon le temps dont vous disposez, vous pouvez ajouter :- Un parc ou une région supplémentaire
- Une nuit supplémentaire dans le parc préféré
- Une journée complète en ville pour casser le rythme « nature »
Conseil logistique : vérifiez les distances et les temps de trajet en tenant compte du type de routes (montagne, pistes, limitations spécifiques) et des arrêts photo fréquents inévitables dans ces régions.
3.4. Modèle n°4 : L’itinéraire « villes et culture » 8 à 10 jours – Sans saturer
Pour les voyages où l’on souhaite enchaîner plusieurs villes importantes (capitale + villes secondaires), le risque est de saturer en musées et monuments. Ce modèle prévoit des respirations.
- Jour 1 – Arrivée dans la capitale (A)
Installation, premier repérage à pied. Nuit à A. - Jour 2 – Capitale A
Visite des sites majeurs (centre historique, musée phare). Nuit à A. - Jour 3 – A → ville moyenne (B) (150–250 km)
Trajet en milieu de matinée, installation, découverte légère de B (place centrale, église, quartier ancien). - Jour 4 – Région de B
Excursions dans les environs : villages, sites archéologiques, vignobles. - Jour 5 – B → grande ville (C) (150–250 km)
Ville d’importance historique ou culturelle. Nuit à C. - Jour 6 – C
Journée musées / monuments + temps libre (cafés, parcs, marchés). - Jour 7 – C → petite ville ou village (D) (100–200 km)
Changement d’ambiance : hébergement plus intime, rythme plus lent. - Jour 8 – D
Balades à pied, marché local, point de vue, activité courte et simple. - Jour 9 – D → Capitale (A) (150–300 km)
Retour vers la capitale, derniers achats, nuit à A. - Jour 10 – Départ
Variante : si les distances entre les villes sont importantes, vous pouvez remplacer un tronçon en voiture par un trajet en train ou en bus, tout en gardant la voiture pour les segments où elle est indispensable.
3.5. Modèle n°5 : Le mini-autotour 4 à 6 jours – Week-end prolongé optimisé
Idéal pour un « test » de l’autotour sur un long week-end ou une courte semaine, en France ou dans un pays voisin.
- Jour 1 – Arrivée + prise du véhicule → première étape (A) (50–150 km)
Ne prévoyez pas une longue route le jour d’arrivée. Visez une région proche de l’aéroport ou de la gare. - Jour 2 – Région de A
Journée en étoile : 2 à 3 visites maximum (village, site naturel, activité courte). - Jour 3 – A → B (100–200 km)
Route de découverte avec 1 ou 2 arrêts significatifs. Nuit à B. - Jour 4 – Région de B
Visites à la journée, possibilité de randonnée ou de balade en ville selon la destination. - Jour 5 – B → ville de départ (50–200 km)
Retour tranquille, restitution du véhicule, nuit en ville si l’horaire de départ l’impose. - Jour 6 – Départ
Atout de ce format : il permet de se familiariser avec la logistique de l’autotour (voiture, bagages, réservations, rythme) sans s’engager directement sur deux ou trois semaines de route.
4. Comment adapter ces modèles à votre projet
Les cinq modèles ci-dessus sont des « squelettes ». Pour qu’ils deviennent un itinéraire de rêve, il faut les adapter à vos contraintes précises : saison, type de routes, centres d’intérêt, composition du groupe, etc.
4.1. Ajuster les distances aux réalités locales
Un trajet de 250 km ne représente pas la même chose :
- Sur une autoroute européenne bien entretenue
- Sur une route de montagne sinueuse
- Sur une piste en gravier dans une région reculée
Consultez plusieurs sources (GPS, forums, blogs spécialisés) pour estimer les temps réels. Sur le terrain, j’ajoute souvent 20 à 30 % au temps théorique indiqué par les GPS pour intégrer :
- Les pauses (photos, toilettes, café)
- Les ralentissements (travaux, camions, traversées de villages)
- Les imprévus mineurs (déviation, mauvais temps)
4.2. Personnaliser selon votre profil de voyageur
Adaptez le même modèle de base de deux façons différentes :
- Voyage orienté nature : augmentez les nuits près des parcs ou zones rurales, réduisez le nombre de grandes villes, privilégiez les hébergements type gîte, cabane, camping ou petite pension.
- Voyage orienté culture : multipliez les arrêts en villes historiques, prévoyez plus de temps dans les musées et moins de temps en randonnée, réservez des visites guidées.
Si vous voyagez en famille avec enfants :
- Réduisez la durée des trajets quotidiens (2–3 h max)
- Insérez des « pauses jeux » (parcs, plages, aires aménagées) dans les journées de route
- Évitez de changer d’hébergement chaque nuit, surtout avec des enfants en bas âge
4.3. Intégrer le budget dans le choix des étapes
Le budget global d’un autotour dépend notamment :
- Des distances parcourues (carburant, péages)
- Du type d’hébergements choisis
- Du nombre d’activités payantes (musées, excursions, guides)
Vous pouvez réduire significativement le budget sans nuire à la qualité du voyage en :
- Limitant les allers-retours inutiles et les détours trop coûteux en carburant
- Alternant hébergements plus simples (chambre d’hôte, petit hôtel) et quelques nuits plus confort
- Privilégiant certaines activités gratuites ou peu chères (randonnées, points de vue, marchés locaux)
4.4. Créer un planning souple, jour par jour
Une fois la structure générale de l’itinéraire validée, vous pouvez passer à un planning plus précis, mais évitez de tout figer. Une méthode efficace consiste à noter pour chaque journée :
- L’étape principale (ville de départ et d’arrivée, hébergement réservé)
- 2 à 3 activités probables (à faire si le timing et la météo le permettent)
- 1 option « B » en cas de pluie ou de contretemps (musée, visite en intérieur, café, marché couvert)
Cela vous donne une trame sans vous enfermer. Sur place, vous pourrez décider de réduire, déplacer ou annuler certaines visites sans perturber tout le circuit.
4.5. Anticiper les points de vigilance locaux
Enfin, adaptez votre itinéraire aux spécificités locales :
- Réglementations de conduite : limitations de vitesse, zones à circulation restreinte, péages urbains, stationnement difficile dans certaines villes
- État des routes : saison des pluies, neige, routes de montagne fermées, pistes réservées aux 4×4
- Horaires et habitudes : heures de repas, horaires d’ouverture des musées et monuments, jours de marché
Une bonne pratique consiste à repérer à l’avance :
- Les stations-service sur les longues portions isolées
- Les points de chute possibles en cas de changement de plan (villes avec plusieurs hébergements disponibles)
- Les numéros d’urgence locaux et les règles de base de sécurité propres à la destination
Avec ces repères, les 5 modèles d’itinéraires proposés deviennent une base solide pour construire un voyage autotour à la fois réaliste et adapté à vos envies. Il ne reste plus qu’à choisir la structure qui vous correspond le mieux, à l’ajuster à votre destination et à passer de la théorie à la route.

