Organiser un circuit moto en Espagne, c’est profiter d’un réseau routier plutôt bien entretenu, d’un climat favorable une bonne partie de l’année et de paysages très variés. Mais pour éviter les mauvaises surprises, mieux vaut préparer son itinéraire avec méthode, surtout si vous enchaînez plusieurs journées de roulage. Voici cinq routes que j’ai testées ou préparées pour mes propres road trips, avec des points de chute moins connus mais pratiques, et des conseils concrets pour optimiser votre voyage.
Préparer un circuit moto en Espagne sans improviser la logistique
Choisir la bonne période pour rouler
En Espagne, la météo varie fortement selon les régions et l’altitude. En moto, ces écarts se ressentent encore plus. Voici les grandes lignes à garder en tête :
- Nord et zones de montagne (Pyrénées, Picos de Europa, Sierra Nevada) : privilégier mai-juin et septembre, routes souvent encore froides ou enneigées en mars-avril selon l’altitude, risques de pluie fréquents en hiver.
- Intérieur (Castille, Estrémadure, plateau central) : étés très chauds, avec des températures qui approchent régulièrement les 35–40°C en journée, surtout en juillet-août.
- Côtes méditerranéennes et Andalousie : roulable quasiment toute l’année, mais chaleur parfois pénible en plein été en ville (Séville, Cordoue, Grenade).
Si vous organisez un autotour moto sur plusieurs régions, essayez de viser les intersaisons (avril-mai ou septembre-octobre), qui offrent un bon compromis : journées longues, chaleur supportable, circulation plus fluide que l’été.
Distances quotidiennes réalistes en moto
En voiture, avaler 500 km d’autoroute dans la journée se fait sans grande difficulté. À moto, surtout sur les routes secondaires espagnoles sinueuses, ce n’est pas la même histoire. D’expérience :
- Sur routes de montagne (Pyrénées, Picos de Europa, Sierra Nevada) : comptez 200 à 250 km par jour, rarement plus, si vous voulez profiter des virages et faire des pauses photos.
- Sur nationales roulantes et quelques tronçons d’autoroute : 300 à 350 km par jour restent raisonnables, au-delà vous passerez votre temps en selle sans voir grand-chose.
- Sur une étape de liaison “retour maison” : vous pouvez monter à 500–600 km de voie rapide, mais réservez-le à une seule journée en fin de séjour.
Pour chaque itinéraire ci-dessous, je donne un kilométrage indicatif et le nombre de jours à prévoir pour garder un rythme confortable.
Hébergements moto-friendly et sécurité de la moto
En Espagne, la plupart des petits hôtels et pensions acceptent les motards, mais il y a quelques points à vérifier systématiquement avant de réserver :
- Parking sécurisé ou garage fermé : indispensable dans les grandes villes et recommandé partout si vous voyagez chargé.
- Possibilité de check-in tardif : utile si l’étape de roulage s’allonge ou si vous prenez le temps de flâner en route.
- Petit-déjeuner tôt : pour démarrer la journée avant la chaleur, surtout en été.
Je privilégie en général des hébergements en périphérie de ville ou dans les villages plutôt que dans les centres historiques : accès plus simple, circulation moins dense, et souvent un meilleur rapport qualité/prix.
Route 1 : Des Pyrénées catalanes à la Costa Brava (virages et criques cachées)
Profil de l’itinéraire
Cette boucle part des Pyrénées catalanes pour descendre progressivement vers la mer, avant de longer la Costa Brava par les petites routes. C’est un bon circuit pour une première découverte moto de l’Espagne, avec un mélange de montagnes, de villages en pierre et de criques méditerranéennes.
- Distance totale indicative : 600–700 km
- Durée conseillée : 3 à 4 jours
- Niveau : accessible à des motards ayant un minimum d’expérience de la route de montagne
Tronçons à privilégier
- Zone Ripoll – Camprodon – Vall de Núria : routes sinueuses, revêtement globalement bon, altitude modérée, trafic raisonnable hors été.
- Descente vers Besalú : belles courbes et village médiéval intéressant pour une pause de 2–3 heures.
- Côte entre Sant Feliu de Guíxols et Tossa de Mar (GI-682) : probablement une des plus belles routes côtières d’Espagne pour la moto, alternance de virages serrés, vues sur mer et petits belvédères.
Point de chute méconnu : Sant Joan de les Abadesses
Plutôt que de dormir à Gérone ou Figueres, souvent pleines en haute saison, un bon compromis est de viser Sant Joan de les Abadesses :
- Suffisamment grand pour trouver essence, supérette, quelques bars et restaurants.
- Position pratique pour rayonner vers les cols catalans et redescendre ensuite vers la côte.
- Budget : comptez 50–80 € la nuit en petit hôtel ou pension sans chichi, selon la saison.
Vous trouverez des hébergements avec parking couvert pour la moto, ce qui évite de la laisser dans la rue avec toutes les sacoches.
Conseils pratiques pour cette route
- Évitez le tronçon GI-682 un week-end d’août : très fréquenté par les voitures de touristes, ce qui casse le rythme en moto.
- Prévoyez de l’eau et un vêtement de pluie léger : le temps change vite en montagne, même en été.
- Stationnez toujours sur des parkings officiels en bord de mer : le stationnement sauvage est plus contrôlé sur la Costa Brava que dans l’intérieur des terres.
Route 2 : Les Picos de Europa par les petites routes d’Asturies et de Cantabrie
Profil de l’itinéraire
Les Picos de Europa sont régulièrement cités comme l’un des meilleurs terrains de jeu pour la moto en Espagne. Routes étroites, gorges profondes, villages perdus et vaches en liberté : il faut aimer le côté “authentique”, mais la récompense est à la hauteur.
- Distance totale indicative : 500–650 km selon les variantes
- Durée conseillée : 3 jours minimum, 4 si vous voulez randonner à pied
- Niveau : intermédiaire, certains passages sont étroits et demandent de rester vigilant
Tronçons à ne pas manquer
- Gorges du Cares (entre Poncebos et Caín) : plutôt à faire à pied, mais la route pour y accéder est déjà très intéressante en moto.
- Mirador del Fito : panorama sur la côte cantabrique et les sommets, virages serrés et belvédère facile d’accès.
- Route entre Cangas de Onís et Covadonga, puis montée aux lacs (Lagos de Covadonga) : superbe, mais réglementée à certaines périodes (bus obligatoires, circulation limitée).
Point de chute méconnu : Arenas de Cabrales
Plutôt que de dormir systématiquement à Cangas de Onís, très touristique, j’aime bien me baser à Arenas de Cabrales :
- Village plus calme, mais bien placé pour rayonner vers les différentes vallées.
- Choix de petites pensions simples, avec souvent un local ou garage pour stocker la moto et l’équipement.
- Prix globalement plus doux que dans les sites les plus prisés, environ 40–70 € la chambre double selon la saison.
Depuis Arenas, vous pouvez organiser des boucles journalières sans bagages, ce qui allège la moto et rend les petites routes beaucoup plus agréables.
Points de vigilance
- Animaux sur la chaussée fréquents (vaches, chèvres, chevaux en semi-liberté) : roulez en anticipant, surtout en sortie de virage.
- Météo changeante : brouillard possible même en été, mettre un gilet réfléchissant et vérifier que tous les feux fonctionnent.
- Essence : certaines vallées n’ont pas de station-service, faites le plein dès que vous passez dans une petite ville.
Route 3 : La TransAndalouse – des villages blancs à la Sierra Nevada
Profil de l’itinéraire
Ce circuit moto en Andalousie combine les classiques villages blancs (pueblos blancos) avec les contreforts de la Sierra Nevada. Il convient bien à ceux qui veulent alterner journées de roulage et visites culturelles (Grenade, Ronda, parfois Cordoue en extension).
- Distance totale indicative : 900–1 200 km selon les détours
- Durée conseillée : 5 à 7 jours
- Niveau : accessible, mais certains tronçons de montagne peuvent fatiguer en plein été
Tronçons intéressants pour la moto
- Ronde des villages blancs autour de Ronda (Grazalema, Zahara de la Sierra, Setenil de las Bodegas) : courbes fluides, paysages de rocailles, quelques sections plus techniques.
- Alpujarras (Orgiva, Pampaneira, Capileira, Trevélez) : enchaînement de virages au pied de la Sierra Nevada, moins fréquenté que la côte.
- Route entre Antequera et El Torcal : courte section, mais très belle, possibilité de s’arrêter pour une courte randonnée.
Point de chute méconnu : Lanjarón dans les Alpujarras
Au lieu de rester sur la côte (Motril, Salobreña), je préfère souvent dormir à Lanjarón pour les étapes autour de la Sierra Nevada :
- Station thermale modeste mais agréable, avec quelques hôtels anciens au bon rapport qualité/prix.
- Altitude modérée qui apporte de la fraîcheur par rapport au littoral en été.
- Bon compromis pour rayonner vers Grenade (environ 1 h de route) et les villages des Alpujarras.
Comptez 50–90 € la nuit selon la catégorie d’hôtel. Vérifiez la disponibilité d’un parking ou d’un garage, la plupart des établissements en proposent un, parfois moyennant un petit supplément (5–10 € par jour).
Gestion de la chaleur
- Démarrez tôt le matin, surtout entre juin et septembre, pour éviter les heures les plus chaudes (14 h–18 h).
- Privilégiez les tenues ventilées, mais gardez au minimum gants et équipement de protection de base.
- Faites une vraie pause à l’ombre au moment du déjeuner : mieux vaut reprendre la route après 17 h que rouler en plein cagnard.
Route 4 : La côte atlantique nord – du Pays basque à la Galice
Profil de l’itinéraire
Moins chaud, plus vert, le nord de l’Espagne est un excellent terrain pour un long road trip moto. De San Sebastián à la Galice, la côte alterne falaises, plages sauvages, ports de pêche et petites routes sinueuses.
- Distance totale indicative : 900–1 300 km
- Durée conseillée : 6 à 8 jours pour vraiment profiter
- Niveau : accessible, mais la météo plus humide demande un équipement adapté
Sections à privilégier
- Entre Getaria et Lekeitio (Pays basque) : petite route littorale offrant de jolis points de vue, attention au trafic en été.
- Côte asturienne (Llanes, Ribadesella, Luarca) : alternance de plages, falaises et villages de pêcheurs.
- Côte galicienne entre Viveiro et la Costa da Morte : très belle, sauvage, peu de grandes villes, nombreux arrêts possibles.
Point de chute méconnu : Viveiro en Galice
Viveiro est une bonne base pour explorer cette partie de la côte sans tomber dans les gros pôles touristiques :
- Ville de taille moyenne, suffisamment équipée (stations-service, garages, supermarchés) mais sans l’agitation d’une grande ville.
- Accès facile à plusieurs boucles à la journée, dont la célèbre zone de la “Playa de las Catedrales” (attention aux règles d’accès, parfois sur réservation).
- Offre d’hébergement variée, hôtels simples ou pensions autour de 40–80 € la nuit.
Rouler par temps humide
- Prévoyez une combinaison de pluie compacte à garder toujours accessible dans une sacoche ou un top-case.
- Évitez les plaques de peinture au sol (zébras, passages piétons, marquage au sol) qui deviennent très glissantes sous la pluie.
- Ralentissez dans les villages côtiers où les pavés et les remontées de sable peuvent piéger facilement une moto chargée.
Route 5 : Plateaux de Castille et sierra de Guadarrama – l’Espagne intérieure par les petites routes
Profil de l’itinéraire
Moins connue que les zones côtières, l’Espagne intérieure propose pourtant de magnifiques circuits moto. Entre villages fortifiés, grands plateaux, vallées encaissées et sierras, cette route s’adresse à ceux qui recherchent des ambiances plus calmes et des paysages ouverts.
- Distance totale indicative : 700–900 km
- Durée conseillée : 4 à 5 jours
- Niveau : accessible, avec une vigilance particulière sur la chaleur en été
Sections intéressantes
- Zone de Ségovie (Aqueduc, Alcázar) et sierra de Guadarrama : routes de montagne, altitude modérée, plusieurs miradors facilement accessibles.
- La Granja de San Ildefonso et ses environs : petites routes forestières, circulation modérée hors week-end.
- Région de Soria : grands espaces, trafic quasi inexistant, idéal pour rouler à rythme régulier sans stress.
Point de chute méconnu : Pedraza
Pedraza est un petit village médiéval fortifié, très prisé des Espagnols mais encore peu connu des voyageurs étrangers en autotour moto :
- Centre parfaitement conservé, mais attention, certaines rues sont pavées et étroites, mieux vaut se garer juste à l’extérieur des remparts.
- Très bon point de départ pour rayonner à la journée vers Ségovie, la sierra de Guadarrama ou les vallées environnantes.
- Hébergements de charme un peu plus chers que la moyenne (70–120 € la nuit), mais cadre agréable après une journée de route.
Gérer les longues lignes droites et la chaleur
- Hydratation : emportez une poche à eau ou une petite bouteille facilement accessible, faites une pause toutes les 1h30–2h.
- Anticipation : sur les grands plateaux, le vent latéral peut être fort, gardez les deux mains bien solidement sur le guidon lors des dépassements de camions.
- Équipement : même si la tentation est grande de rouler léger par forte chaleur, évitez de sacrifier les protections essentielles (gants, blouson, chaussures fermées).
Budget, logistique et ressources pour planifier votre road trip moto en Espagne
Budget moyen pour un circuit moto de 7 à 10 jours
Selon mes différents voyages, voici un ordre de grandeur pour deux personnes voyageant sur une moto (hors achat ou location de la moto) :
- Hébergement : 60–90 € par nuit en moyenne pour une chambre double dans des hôtels simples ou pensions.
- Repas : 20–30 € par personne et par jour en mangeant dans des bars à tapas, menus du jour et petits restos locaux.
- Carburant : dépend évidemment de votre machine, mais comptez environ 12–18 € par 300 km pour un trail ou un roadster moyen.
- Activités et visites : 5–15 € par entrée en moyenne (monuments, musées, sites naturels réglementés).
Pour 10 jours de road trip moto à deux, un budget global autour de 1 200–1 800 € (hors trajet aller-retour jusqu’à la frontière) reste réaliste, en restant sur des hébergements de catégorie moyenne.
Combiner plusieurs routes pour un itinéraire plus long
Les itinéraires décrits plus haut peuvent se combiner pour former de longs circuits de deux à trois semaines. Par exemple :
- Pyrénées catalanes + Costa Brava, puis remontée vers le nord et enchaînement avec la côte atlantique jusqu’en Galice.
- Picos de Europa + côte nord, puis descente vers la Castille intérieure par Soria et la sierra de Guadarrama.
- Andalousie (villages blancs, Alpujarras, Sierra Nevada), puis remontée vers l’intérieur via la Mancha et les plateaux de Castille.
Pour affiner ce type de projet sur plusieurs semaines, avec plus de suggestions d’étapes, d’options de boucles et de villes-étapes, vous pouvez aussi vous appuyer sur notre dossier complet dédié aux circuits en Espagne en mode autotour, qui détaille d’autres variantes par région.
Erreurs fréquentes à éviter en moto en Espagne
- Sous-estimer les temps de trajet en montagne : même une “petite” étape de 200 km peut prendre la journée si vous enchaînez les cols.
- Arriver sans hébergement réservé en haute saison dans les zones côtières : vous perdez du temps à chercher et risquez de payer plus cher pour moins bien.
- Ignorer les restrictions d’accès à certains sites naturels (Lacs de Covadonga, Plage des Cathédrales, etc.) : renseignez-vous la veille, certains accès se font uniquement sur réservation ou en navette.
- Rouler en tongs ou en baskets ouvertes par grosse chaleur : le risque de blessure en cas de chute ou de simple glissade à l’arrêt ne vaut pas le “confort” momentané.
Outils pratiques pour préparer vos circuits moto en Espagne
- Cartes hors ligne (applications type Maps.me, OsmAnd) : utiles dans les zones de montagne où le réseau mobile est aléatoire.
- Planification d’itinéraire : alterner Google Maps pour le temps de trajet global et une carte papier ou une application dédiée moto pour repérer les routes sinueuses et panoramiques.
- Suivi météo : consulter la météo la veille pour adapter la durée de l’étape, notamment dans le nord (pluie) et en été dans le sud (canicule).
En combinant ces cinq routes et leurs points de chute méconnus, vous aurez une base solide pour concevoir un road trip moto en Espagne cohérent, rythmé et adapté à votre niveau, sans tomber dans les pièges classiques des itinéraires trop ambitieux ou mal équilibrés.

