mercredi 29 avril 2026

Construire un autotour en Islande qui sort des sentiers battus demande un minimum de méthode. Entre la météo imprévisible, les routes de gravier, les distances parfois sous-estimées et l’afflux de voyageurs l’été, on peut vite se retrouver à suivre l’itinéraire standard « tour de l’île en 10 jours » sans vraiment réfléchir. Pourtant, l’Islande se prête particulièrement bien aux road trips thématiques, centrés sur un type de paysage ou une ambiance précise.

Dans cet article, je vous propose 7 itinéraires d’autotour en Islande, chacun avec un thème bien défini et une approche un peu différente : volcans actifs, sources chaudes sauvages, pistes de montagne, fjords méconnus… L’objectif n’est pas de vous donner un planning à la minute, mais une base solide que vous pourrez adapter à votre durée de voyage, à votre budget et à votre tolérance à la conduite sur routes secondaires.

1. Bien préparer un autotour en Islande vraiment différent

Choisir la bonne période pour son road trip

Avant de parler d’itinéraires, il faut cadrer la période de votre voyage, car elle conditionne totalement ce que vous pourrez faire :

  • De juin à août : routes de montagne (F-roads) ouvertes, piste du Landmannalaugar accessible, journées très longues. C’est la meilleure période pour les itinéraires « intérieur des terres » mais aussi la plus chère et la plus fréquentée.
  • Mai et septembre : compromis intéressant. Moins de monde, certains hauts plateaux parfois encore fermés (ou déjà fermés), mais la Route 1 (le ring road) reste fiable. Idéal pour des circuits côtiers et certains itinéraires thématiques sur les fjords.
  • D’octobre à avril : l’Islande hiver. Routes parfois verglacées ou fermées, tempêtes possibles, mais ambiance unique, aurores boréales, glaciers et lumière rasante. Très adapté aux itinéraires « glaciers & aurores » que je détaille plus bas.

Si vous prévoyez de suivre plusieurs des itinéraires insolites ci-dessous en un seul voyage, visez plutôt l’été pour limiter les mauvaises surprises sur les pistes et les petits cols.

Quel type de véhicule pour un road trip islandais atypique ?

Pour un autotour standard le long de la Route 1, une petite citadine suffit. Mais dès qu’on s’écarte vers des zones plus reculées :

  • Véhicule 2WD classique : suffisant pour les itinéraires 100 % goudron ou gravier bien stabilisé (par exemple les fjords de l’Est ou la péninsule de Snaefellsnes). Attention aux chemins non balisés, souvent interdits.
  • 4×4 « léger » (type Dacia Duster) : permet d’emprunter certaines F-roads faciles, les routes de gravier de l’intérieur et d’accéder à des zones comme Kerlingarfjöll ou quelques vallées reculées.
  • 4×4 plus robuste : recommandé si vous prévoyez les itinéraires « intérieur des terres » avec passages de gués, ou si vous voyagez tôt/ tard en saison.

Dans tous les cas, vérifiez systématiquement ce que couvre votre assurance de location, notamment pour les routes F, les dégâts sous le châssis et les projections de gravier sur le pare-brise.

Pour des conseils plus généraux sur l’organisation, le choix du véhicule, le budget et la logistique d’un voyage en Islande ou ailleurs, je détaille ma méthode de préparation étape par étape dans notre dossier complet dédié aux voyages en autotour et à la planification de road trips.

2. 7 itinéraires thématiques insolites pour un autotour en Islande

Itinéraire 1 – « Volcans actifs & champs de lave » (6 à 8 jours)

Cet itinéraire s’adresse à ceux qui veulent comprendre le fonctionnement volcanique de l’Islande, sans nécessairement courir après une éruption en direct. Il se concentre sur le Sud-Ouest et le Sud, où l’activité géologique est la plus visible.

  • Zone de Reykjavik – Péninsule de Reykjanes : journée d’arrivée consacrée à l’exploration des sites géothermiques (Seltún, Krýsuvík), des champs de lave récents et, si accessible, du secteur de la vallée de Geldingadalir/Fagradalsfjall (suivant la situation volcanique et les interdictions en place).
  • Cercle d’Or « orienté volcan » : au lieu de simplement enchaîner Thingvellir, Geysir et Gullfoss, concentrez-vous sur les failles tectoniques, les fissures, les coulées de lave historiques et le cratère de Kerið. Une demi-journée sur le terrain avec un guide géologue est un plus si votre budget le permet.
  • Hveragerdi et ses collines fumantes : petite randonnée vers la rivière chaude de Reykjadalur, pour observer sources bouillonnantes, fumerolles et dépôts minéraux en direct.
  • Région de Vik et Eldhraun : en vous dirigeant vers le Sud, traversez les immenses champs de lave recouverts de mousse d’Eldhraun, témoignage de l’éruption du Laki au XVIIIe siècle. Arrêts fréquents pour photographier les formations de lave et les colonnes de basalte.

Profil de voyageur : curieux de géologie, prêts à marcher 2 à 3 heures par jour, sans obsession pour les « spots Instagram ». Cet itinéraire se combine facilement avec quelques jours de plus vers Skaftafell pour approcher les langues glaciaires.

Itinéraire 2 – « Sources chaudes sauvages & bains géothermiques » (5 à 7 jours)

Plutôt que de vous limiter au Blue Lagoon ou au Sky Lagoon, ce circuit vise les bains naturels moins connus, parfois plus rustiques, souvent moins fréquentés.

  • Péninsule de Reykjanes : si vous tenez à un grand spa, faites-le dès le premier ou dernier jour. Cela vous permettra ensuite de privilégier les bassins plus sauvages au fil du voyage.
  • Hveragerdi – Reykjadalur : randonnée accessible (prévoir chaussures imperméables) pour se baigner dans une rivière chaude en pleine nature. L’eau peut être très chaude par endroits, testez avant de vous immerger.
  • Flúðir – Secret Lagoon : bassin ancien, ambiance plus simple et moins « mise en scène » que les grands spas. Intéressant en fin de journée après une boucle dans le Cercle d’Or.
  • Nord de l’Islande – Myvatn Nature Baths : alternative plus calme au Blue Lagoon, avec vue sur un paysage volcanique. Combinez avec la visite de Namafjall et Krafla.
  • Bains moins connus : selon les conditions et votre véhicule, quelques bassins rustiques sont accessibles dans l’Ouest et les Fjords de l’Ouest (Drangsnes, Hellulaug, Pollurinn…). Renseignez-vous localement sur l’état des lieux et le respect des règles d’usage.

Points de vigilance : toujours respecter les consignes (propreté, pas de savon, pas de baignade si l’eau est trop chaude ou la zone instable). Ne jamais créer sa propre « piscine » en déplaçant des pierres dans une source : c’est à la fois dangereux et irrespectueux.

Itinéraire 3 – « Intérieur des terres & pistes F-roads faciles » (7 à 10 jours)

Un des grands intérêts de l’Islande, c’est son intérieur désertique : pistes, gués, vallées minérales, bivouacs sauvages encadrés. Cet itinéraire s’adresse à ceux qui veulent goûter à cette ambiance sans partir dans une expédition extrême.

  • Kjölur (F35) : piste relativement accessible qui traverse l’intérieur entre Gullfoss et le Nord (région de Blönduós ou Varmahlíð). Paysages de hautes terres, montagnes arrondies, névés tardifs. Arrêt possible à Hveravellir, zone géothermique très photogénique.
  • Kerlingarfjöll : si la piste est ouverte au moment de votre passage, c’est un excellent point de chute pour une nuit ou deux. Randonnées dans un décor de montagnes ocres, fumerolles et névés, avec un réseau de sentiers bien balisés.
  • Landmannalaugar (si accessible) : autre grand classique de l’intérieur, avec ses rhyolites multicolores et ses sources chaudes. Route d’accès plus technique, passages de gué possibles : se renseigner la veille auprès des rangers et ne jamais forcer un passage d’eau si vous n’êtes pas sûr de la profondeur.

Pré-requis : 4×4 obligatoire, bonne anticipation en carburant et nourriture, météo surveillée quotidiennement. Prévoir des étapes courtes en kilomètres mais longues en temps (pistes souvent lentes).

Itinéraire 4 – « Fjords de l’Est & villages isolés » (5 à 7 jours)

Les fjords de l’Est sont souvent traversés en vitesse par ceux qui font le tour de l’île. Pourtant, c’est l’une des zones les plus calmes, avec une vraie ambiance de bout du monde sur certains tronçons.

  • De Höfn à Djúpivogur : route côtière avec vues sur les falaises et les plages isolées. Multiples parkings pour des arrêts photos sans pression.
  • Fjords secondaires (Breiðdalsvík, Stöðvarfjörður, Fáskrúðsfjörður) : prenez le temps d’explorer les petites routes qui longent les fjords, même si elles rallongent le temps de conduite. Les villages sont minuscules, mais l’atmosphère est très différente du reste du pays.
  • Seyðisfjörður : accessible par un col qui offre, par beau temps, de très beaux points de vue. Le village lui-même est agréable pour une pause de 1 à 2 nuits, avec quelques randonnées courtes à proximité.
  • Hengifoss et Litlanesfoss : randonnée assez simple jusqu’à une grande cascade encadrée de colonnes de basalte, souvent moins fréquentée que les chutes du Sud.

Public visé : voyageurs qui aiment rouler mais sans stress, prêts à multiplier les arrêts et à passer un peu de temps dans des villages où il ne se passe pas grand-chose… et c’est précisément l’intérêt.

Itinéraire 5 – « Ouest discret : Snaefellsnes & Borgarfjörður » (5 à 6 jours)

La péninsule de Snaefellsnes est parfois présentée comme un « condensé de l’Islande ». C’est partiellement vrai, mais la plupart des circuits se contentent des points les plus connus, en 1 ou 2 jours seulement. Cet itinéraire vise à élargir un peu la zone et à ralentir le rythme.

  • Borgarnes et vallée de Reykholt : bonne base pour explorer les cascades de Hraunfossar et Barnafoss, ainsi que le glacier Langjökull (excursions possibles en véhicule spécialisé ou motoneige, selon la saison).
  • De Stykkishólmur à Grundarfjörður : prenez le temps de longer la côte nord de Snaefellsnes, avec ses petites églises, ses promontoires et ses vues sur le célèbre Kirkjufell, que vous pouvez approcher sans forcément reproduire la photo de carte postale vue partout.
  • Côte sud de Snaefellsnes : Arnarstapi, Hellnar, les falaises de basalte, les plages de galets noirs et le parc national du Snæfellsjökull. Plusieurs chemins de randonnée bien balisés permettent d’éviter la foule en s’éloignant un peu des parkings principaux.

Avantage logistique : itinéraire faisable avec une simple voiture 2WD, à seulement 2 à 3 heures de Reykjavik. Intéressant pour un premier voyage court ou pour compléter un autre circuit plus engagé.

Itinéraire 6 – « Glaciers, lagunes & aurores boréales » (6 à 9 jours, automne/hiver)

Ce circuit se concentre sur la côte sud et le parc national du Vatnajökull, avec un objectif clair : maximiser les chances de voir des glaciers de près et, si la météo le permet, des aurores boréales.

  • De Reykjavik à Vik : route assez directe, avec arrêts sur les principaux sites du Sud (Seljalandsfoss, Skógafoss, plages noires de Reynisfjara). En hiver, prévoyez des marges de sécurité sur le temps de route.
  • Skaftafell : excellente base pour les randonnées faciles vers les langues glaciaires. En saison, des excursions guidées en crampons sont possibles, très encadrées et adaptées aux débutants.
  • Jökulsárlón et Diamond Beach : lagune glaciaire avec icebergs à la dérive, plage de sable noir couverte de blocs de glace. Spot intéressant pour l’observation d’aurores, si le ciel est dégagé.
  • Observation des aurores : en automne et en hiver, surveillez le ciel et les prévisions d’activité (KP index), mais restez raisonnables. On ne « programme » pas une aurore comme une excursion : prévoyez plutôt plusieurs soirées potentiellement libres, avec peu de route après la tombée de la nuit.

Spécificités hiver : pneus hiver indispensables, adaptation de la vitesse aux conditions, vérification quotidienne des alertes météo et de l’état des routes. Les distances restent les mêmes qu’en été, mais le temps nécessaire peut quasiment doubler.

Itinéraire 7 – « Observation de la faune & côtes sauvages » (7 à 10 jours)

Cet itinéraire s’adresse aux voyageurs intéressés par les oiseaux marins, les macareux, les phoques et, avec un peu de chance, les baleines. L’Islande ne garantit jamais la faune, mais certaines zones offrent de bonnes probabilités en saison.

  • Péninsule de Snæfellsnes : falaises propices aux oiseaux marins, phoques parfois observables depuis la côte. Quelques excursions d’observation des baleines partent de Grundarfjörður ou Olafsvík.
  • Nord de l’Islande – Húsavík ou Dalvík : Húsavík est connue pour ses sorties baleines, avec un taux d’observation élevé en été. Dalvík est souvent un peu moins fréquentée et propose aussi des sorties en mer.
  • Fjords de l’Ouest (si vous avez le temps) : zone plus compliquée d’accès mais très intéressante pour l’observation des oiseaux marins, notamment les macareux (selon la période, principalement de mai à mi-août environ). Les routes y sont lentes, prévoyez au moins 3 jours pour ne pas enchaîner uniquement du volant.

Éthique : toujours respecter les distances de sécurité, ne pas s’approcher des nids, ne pas nourrir les animaux et éviter de stationner trop près des zones de repos des phoques. Un zoom correct sur l’appareil photo est plus utile qu’une approche trop proche et intrusive.

3. Combiner ces itinéraires pour un road trip modulable

Assembler plusieurs thèmes sur 10 à 15 jours

En pratique, la plupart des voyageurs n’appliqueront pas un seul de ces itinéraires, mais un mix adapté à leur durée de séjour. Quelques combinaisons possibles :

  • 10 jours été, première découverte : 2 jours péninsule de Reykjanes et volcanisme, 3 jours Cercle d’Or + Landmannalaugar ou Kerlingarfjöll (si ouvert), 3 jours côte sud jusqu’à Skaftafell, 2 jours Snaefellsnes.
  • 15 jours été, rythme plus lent : 3 jours Sud-Ouest volcanisme + sources chaudes, 4 jours intérieur des terres (Kjölur, Hveravellir, Kerlingarfjöll), 4 jours fjords de l’Est, 4 jours Nord Myvatn + Húsavík.
  • 8 à 10 jours hiver : 2 jours Reykjavik + Reykjanes, 4 à 5 jours côte sud jusqu’à Jökulsárlón, 2 à 3 jours autour de Snaefellsnes, en gardant une marge météo de 1 jour « tampon ».

L’important est de ne pas sous-estimer les temps de route, surtout si vous voyagez en famille ou si vous n’avez pas l’habitude de conduire plusieurs heures par jour. En Islande, 250 km peuvent prendre nettement plus de temps qu’en France, particulièrement sur les tronçons de gravier.

Définir vos priorités thématiques

Avant de figer votre parcours, listez vos contraintes :

  • Nombre de jours disponibles (sans les jours de vol).
  • Type de véhicule loué (2WD ou 4×4).
  • Période (hiver, mi-saison, été) et ouverture prévisible des pistes.
  • Centres d’intérêt principaux : volcans, glaciers, oiseaux, villages isolés, randonnées, bains chauds, etc.

À partir de là, sélectionnez un à trois itinéraires thématiques maximum, puis éliminez ce qui est trop éloigné géographiquement. L’idée n’est pas de tout cocher, mais d’assumer certains renoncements pour garder un rythme soutenable.

4. Conseils pratiques pour un autotour islandais hors des sentiers battus

Réservation des hébergements

Plus vous sortez des zones touristiques classiques, plus l’offre d’hébergement se raréfie. Quelques conseils pragmatiques :

  • Été : réserver toutes les nuits à l’avance, surtout dans les Fjords de l’Est, de l’Ouest, autour de Myvatn et sur la côte sud entre Vik et Höfn.
  • Mi-saison : un peu plus de flexibilité possible, mais ne comptez pas systématiquement sur la réservation « au jour le jour », surtout dans les zones rurales.
  • Hiver : vérifier l’accessibilité de l’hébergement en cas de neige (chemins secondaires, montée raide, etc.) et prévoir une option de repli si la route est fermée.

Gestion du carburant et de la nourriture

Sur les itinéraires insolites, les stations-service et les supermarchés se font plus rares :

  • Faire le plein dès que le réservoir descend sous la moitié, surtout avant une piste F ou un long tronçon isolé.
  • Garder en permanence un minimum de nourriture d’appoint dans la voiture (eau, biscuits, fruits secs, sandwichs).
  • Anticiper les jours fériés ou les dimanches dans les petites localités : certains commerces peuvent être fermés.

Vérification quotidienne des conditions

Que vous suiviez un itinéraire classique ou très original, l’Islande impose une discipline simple mais indispensable :

  • Consulter chaque matin les cartes d’état des routes et les alertes météo (sites officiels islandais).
  • Adapter votre programme si nécessaire : déplacer une randonnée, inverser deux étapes, raccourcir une journée de route.
  • Accepter l’idée de rater un site si les conditions sont mauvaises plutôt que de prendre des risques inutiles.

Respect des lieux moins fréquentés

Les circuits insolites ont un revers : ils emmènent vers des zones qui ne sont pas toujours équipées pour accueillir un grand flux de visiteurs. Pour préserver ces endroits :

  • Rester sur les pistes et chemins balisés, même si le raccourci semble tentant.
  • Ne laisser aucun déchet, y compris les mouchoirs et les restes de pique-nique.
  • Éviter les bivouacs sauvages dans les zones où ils sont interdits ou sensibles.
  • Respecter les propriétés privées, clôtures et panneaux « No trespassing ».

Avec une préparation rigoureuse, des choix assumés et un minimum de flexibilité sur place, l’Islande se prête particulièrement bien à des autotours thématiques qui sortent du classique « tour de l’île ». En combinant intelligemment les itinéraires ci-dessus, vous pouvez construire un road trip très personnel, adapté à vos centres d’intérêt et à votre expérience de la conduite en conditions parfois exigeantes.

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